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25 Juin 1963 – Assemblée Constituante

Contre l’arrestation de Boudiaf et pour un débat sur la dégradation de la situation ( 25 Juin 1963 )

Assemblée Nationale Constituante
Intervention de Mr Hocine Ait-Ahmed

Monsieur le Président, mes chérs collègues, l’assemblée est maîtresse de son ordre du jour.

Cependant, nul d’entre nous ne peut freindre d’ignorer la dégradation de la situation générale dans notre pays. Les quelques incidents, les quelques manifestations pacifiques ou violentes que l’on vient d’enregistrer reflètent cette dégradation. L’arrestation du frère Boudiaf et de quelques autres militants aggrave ce processus.

Monsieur le président, mes chérs collègues, il est de notre devoir d’examiner cette situation. Nous en sommes responsables au même titre que l’exécutif parce que nous sommes tous issus du même parti : le F.L.N

Nous n’avons pas le droit de dire que le gouvernement est seul responsable  pour fuir nos responsablités, car nous sommes tous concernés, et d’autant plus que nous sommes l’assemblée nationale constituante, que nous détenons la souverainté.

Monsieur le Président, mes chérs collègues, le président Abbas a pris ses responsabilités dans son interview à  » Jeune Afrique ». Il a fixé ses positions. Je me suis laissé dire que cette opinion reflétait celle de l’assemblée nationale constituante. Aussi il importe que nous sachions tous ici, si les positions du président Abbas reflètent l’opinion de l’assemblée toute entière ou si au contraire, nous avons chacun des responsabilités à prendre face au tournant socialiste que le gouvernement fait prendre au pays.

Mes responsabilités, je les ai déjà prises. Moi je dis la bourgeoisie se trouve au sein du régime; c’est de la qu’elle peut saboter le régime socialiste, diviser les éléments révolutionnaires et empêcher que se réalise l’unité de ceux qui veulent la mener à bon port.

Monsieur le Président, mes chérs collègues, des bruits fantaisistes circulent. Je viens d’écouter « Europe 1 » qui annonce que Mr Ahmed Francis aura des ennuis à son arrivée!

Sommes-nous chez Duvalier ou sommes-nous en Algérie?

Il faut couper court à ces rumeurs fantaisistes. Le Gouvernement a jugé nécessaire, utile d’arrêter Boudiaf, qui est un frère de combat. Qu’il nous dise pourquoi il l’a arrêté, qu’il saisisse l’assemblée de cette arrestation, quitte à fixer une date. Il devrait donner l’explication quand l’enquête aura aboutie.

Je demande en conséquence à cette assemblée avant de passer à l’ordre du jour, d’ouvrir un débat général afin que nous puissions poser en toute franchise, en toute fraternité, les problèmes et trouver -avant qu’il ne soit trop tard- les solutions qu’il faut.

Merci, Monsieur le Président.