Le contexte

Dans la grande majorité des pays dans le monde cette date est un jour de fête pour les travailleurs.  Une fête instaurée par l’Internationale socialiste depuis 1899, dont le FFS est membre depuis 1992, pour commémorer une lutte victorieuse celle pour la journée de huit heures et, par la suite, chaque année pour célébrer d’autres conquêtes sociales des travailleurs.

Malheureusement en Algérie, ce 1er Mai comme tous ceux qui l’ont précédé, est un jour triste. Il n’y a pas lieu de se réjouir à cette occasion car ceux qui nous gouvernent ont gâché cette fête mémorable qui fait la fierté des travailleurs dans le monde, et des nôtres en particulier. L’heure est donc à la résistance et à la mobilisation. La révolution n’a pas profité à ceux qui l’ont faite, les travailleurs, ouvriers et paysans, en premier lieu.

Nos travailleurs, ouvriers et paysans, fers de lance de la révolution, n’ont pas trouvé la place qu’ils méritent au lendemain de l’indépendance. La grande majorité d’entre eux considèrent que les promesses de Novembre et de la Soummam, notamment la construction d’un Etat social, n’ont pas été tenues, laissant place à l’établissement d’un Etat libéral.

Le projet de loi sanitaire qui a été examiné par l’assemblée populaire nationale est une trahison à l’état social. Nous avons demandé au FFS le retrait immédiat de ce projet de loi relative à la santé. Nous le considérons anti national, anti social et anti constitutionnel, il consacre un recul sur les acquis sociaux des Algériennes et des Algériens et un recul graduel de la gratuité des soins.

Un débat national et général doit être ouvert sur cette loi, en associant l’ensemble des acteurs sociaux, politiques, experts et spécialistes pour arriver à un projet consensuel sur le système sanitaire en Algérie et à une stratégie nationale pour le développement de ce secteur.

Nos travailleurs remobilisés au lendemain de l’indépendance pour reconstruire le pays ont vite déchanté. Engagés dans l’autogestion puis dans l’entreprise publique, ils n’ont tiré aucun bénéfice de leurs sacrifices. Leur revenu et leur condition de travail n’ont pas progressé.

L’emploi est devenu précaire. Leur pouvoir d’achat n’a cessé de baisser au fil du temps. Le syndicat unique qui les représentait n’étant qu’un auxiliaire du pouvoir ne défendait pas leur revendication.

Le constat aujourd’hui est que le régime a abandonné l’Etat social en prônant une politique libérale reniant ainsi les engagements de Novembre et de la Soummam.

Cette politique libérale a des conséquences tragiques sur les conditions de vie et de travail des ouvriers et des paysans : Leur outil de travail privatisé ou menacé de l’être; leur emploi précarisé; leurs revenus et leur pouvoir d’achat en baisse (la fragilité du pouvoir d’achat des Algériens est le résultat d’orientations et politiques économiques rentières et antisociales); leur retraite (âge et niveau) dévalorisé; leurs acquis sociaux remis en cause (baisse des subventions, accès réduit aux services sociaux de base) ; leurs droits de grève et de manifestation non reconnus dans la pratique, du fait des interdictions, des menaces et des intimidations ; la violence faite à l’élite du pays, notamment les médecins et praticiens de la santé, les syndicalistes, les étudiants par les répressions répétitives et continues des manifestations publiques pourtant pacifiques et la comparution devant les tribunaux de ses acteurs avec des lourdes peines encourues ; leur représentation syndicale autonome tolérée mais non reconnue.

C’est dans ce contexte que nous commémorons 1er Mai, Nous le faisons sous le mot d’ordre : Non à la résignation Oui à la mobilisation et à la convergence des luttes pour arracher les droits des travailleurs à une vie digne et décente.

Les luttes sociales jointes aux luttes politiques feront changer le régime. Le FFS s’engage à accompagner ces luttes jusqu’à l’aboutissement de leurs revendications légitimes.

Le 1er Mai de cette année coïncide avec la répression à la fois policière, judiciaire, administrative et bureaucratique. Le pouvoir actionnant son ministère du travail vient encore une fois, une fois de trop, de s’en prendre aux syndicats autonomes, en procédant d’une manière autoritaire et clandestine, à l’exclusion d’une trentaine de syndicats, sous le prétexte fallacieux de leur non-représentativité.

Le FFS, préoccupé par la situation sociale des citoyens qui se dégrade de jour en jour et inquiet des conséquences sur la stabilité du pays de la crise économique et sociale qui s’amplifie, à cause de l’orientation libérale du système et d’une mauvaise gouvernance, dénonce énergiquement la décision prise par le ministère du travail contre le mouvement syndical, exige son retrait immédiat, et un débat national autour de la question sociale.

A cet effet, nous lançons cet Appel aux Travailleurs.

Appel du FFS aux Travailleurs

Travailleurs de tous les secteurs unissez vous !

Notre Président, feu Hocine Ait Ahmed déclarait lors des débats de l’Assemblée Nationale Constituante en 1963 : “Détruire le mouvement syndical est un crime contre les travailleurs et contre le patrimoine politique et social du pays”.

En tant que citoyens 

Vous avez été spoliés depuis l’indépendance de notre pays de votre droit à l’autodétermination conquis de haute lutte par la révolution du 1er novembre, le droit de décider de votre propre vie et des choix politiques qui vous concernent. Le libre choix démocratique des institutions, des politiques et des hommes qui doivent gouverner le pays a été nié puis détourné par des fraudes électorales systématiques qui vous ont conduit à boycotter les différents scrutins.

Votre avenir et celui de vos enfants n’est plus dans le système corrompu et corrupteur actuel qui vous empêche d’exercer vos droits politiques, économiques, sociaux et culturels, mais dans son rejet et dans la construction d’une alternative démocratique avec les forces politiques représentatives d’opposition et les forces sociales autonomes.

Rejoignez massivement ces forces, organisez-vous dans vos quartiers, dans vos villages, dans vos entreprises et exigez pacifiquement vos droits. Ne répondez pas par la violence aux provocations des hommes de main du régime car cela justifierait leur répression.

Où que vous soyez, agissez pour l’avènement de la 2ème République.

En tant que travailleurs dans les secteurs socio-économiques

Rejoignez les syndicats autonomes qui se constituent dans tous les secteurs d’activité et qui sont mieux à même de défendre votre outil de travail et vos droits de salariés.

Un algérien sur deux est au chômage. Organisez-vous pour défendre votre emploi et améliorer vos conditions de travail. Exigez que votre pouvoir d’achat ne soit pas érodé. Dénoncez les inégalités sociales, l’arrêt des subventions aux produits et services de première nécessité, exigez l’accès de tous aux services sociaux de base dont le logement, la santé et l’éducation de qualité pour vos enfants. Criez haut et fort votre refus de la privatisation des secteurs et services publics. Clamez votre opposition à la révision du code du travail qui vise à remettre en cause votre droit de grève et de manifestation ; Exprimez votre hostilité à la réforme des retraites dont l’objectif est de réduire son niveau.

On veut vous faire croire que le libéralisme, à travers les privatisations et la libéralisation des échanges, va créer des richesses et développer l’emploi. Cette politique entreprise en Amérique latine dans les années 80 et 90 a échoué. Une renationalisation des secteurs stratégiques et un contrôle des échanges extérieurs sont de nouveau à l’ordre du jour dans tous les pays, y compris dans les pays développés qui prônent la liberté d’entreprise et d’échanges chez les autres et appliquent le protectionnisme chez eux.

En tant que travailleurs de la terre

Fer de lance du combat pour l’indépendance nationale, vous vous trouvez exclus des fruits de cette révolution malgré les engagements pris par le mouvement national. Vous n’arrivez plus à vivre de la terre de vos ancêtres ou de celle que vous cultivez dans le cadre des lots qui vous sont octroyés sans vous concéder le droit à la propriété.  Vos récoltes, quand les conditions climatiques le permettent, n’arrivent pas à couvrir vos frais de gestion à cause des coûts prohibitifs des équipements et de leur entretien, des prix élevés des semences, des carburants et des produits chimiques de traitement. L’absence de prix garantis à la production et l’importation de produits agricoles subventionnés ont détruit la production nationale notamment de céréales.

Cette politique qui privilégie l’importation à la production nationale a désertifié la campagne et rendu le pays dépendant pour son alimentation de base des marchés internationaux.

Cette situation ne peut pas durer. Il faut que cela change. Vous devez redevenir l’avant- garde du combat, aux côtés des forces politiques et sociales autonomes, pour changer le régime et réaliser l’indépendance économique du pays avec la valorisation de l’agriculture et le soutien de l’Etat à tous les niveaux de production.

En tant que cadres gestionnaires

Soyez des artisans du changement de votre situation et de celle de votre pays.

Entrez en politique pour préserver votre entreprise de sa liquidation et cesser l’exploitation dont vous faites l’objet au quotidien sans reconnaissance de vos mérites.

Les tutelles sont toujours là. Un patron d’entreprise publique n’agit pas librement car il doit tenir compte de ceux qui l’ont nommé et de son environnement. En réalité, les cadres sont contraints de mobiliser leurs compétences techniques pour exécuter des décisions politiques.

Dans un passé récent, vous avez subi un double diktat : d’une part,  à cause de l’article 120 qui assujettit toute promotion dans les fonctions supérieures de l’Etat à l’engagement au sein du parti unique et, d’autre part, à cause de l’article 421 du code de procédure pénale qui punit de prison les fautes de gestion.

Une parodie de justice a ainsi conduit des milliers de cadres à la prison au terme de procès où ils ont joué le rôle de bouc émissaire.  Des centaines d’autres se sont exilés.

Votre engagement en politique vous permettra de doter l’entreprise d’une autonomie réelle et les cadres d’un statut qui les protège de l’arbitraire et les préserve de toute allégeance.

En tant que travailleuses

Rejoignez les forces politiques et sociales autonomes pour défendre votre citoyenneté et combattre les statuts octroyés qui ne visent qu’à limiter vos droits. L’égalité en droits des hommes et des femmes relève du droit de la personne humaine. Réclamez vos droits politiques, économiques et sociaux.

Exigez l’application des Objectifs du Millénaire pour le Développement adoptés par l’Assemblée Générale des Nations Unies, auxquels ont souscrit l’ensemble des gouvernements, qui éliminent les disparités entre les sexes à tous les niveaux et qui mettent l’accent sur la santé et l’éducation des femmes.

En tant que jeunes travailleurs,

Vous avez subi les carences du système éducatif au point que des centaines de milliers d’entre vous ont été exclus de l’Ecole ou de l’Université, sans diplôme et sans possibilité de réinsertion par la formation. Vous êtes les premières victimes du chômage, la moitié d’entre vous y compris les diplômés se trouvent aujourd’hui sans emplois.

L’exil, la drogue, le suicide, la criminalité, l’émeute sont les réactions de beaucoup de jeunes à cette situation.

Il existe une autre voie pour sortir de ce cauchemar. Transformez en action politique cette haine du pouvoir responsable de tous vos maux. Adhérez aux forces politiques démocratiques d’opposition et aux mouvements sociaux autonomes pour mettre fin ce système qui vous marginalise et qui ne vous offre aucune perspective d’amélioration.

Soyez les artisans du changement de régime.

En tant que travailleurs journalistes

Beaucoup d’entre vous ont payé de leur vie ou de leur liberté l’exercice de leur fonction. Face au pouvoir qui opprime et qui corrompt la liberté d’expression, nous exprimons notre solidarité et apportons notre soutien à votre profession.

Nous appelons en même temps tous ceux parmi vous qui œuvrent honnêtement dans la presse publique ou privée, à dénoncer les pressions et la censure exercées sur la profession, et à résister à la machine de propagande caractéristique de toutes les dictatures visant à contrôler les idées, les pensées et les esprits en transformant les médias en fabrique du consentement, de l’acceptation et de la soumission.

L’autocensure qui est une forme de corruption intellectuelle ne devrait plus exister dans vos rangs. L’organisation de la solidarité au sein de la profession doit vous permettre de vous soustraire au chantage sécuritaire et financier exercé sur vos journaux à travers le contrôle de la publicité, de l’impression et des promotions ainsi qu’à toutes les formes d’influence de la ligne éditoriale.

Donnez de la visibilité par vos écrits aux porteurs de l’espérance démocratique et acteurs du changement de régime.

Vive l’Algérie libre et démocratique.