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Commémoration de l’anniversaire de l’assassinat de Ali Mécili, 7 avril 2001

Ali, c’est André, André c’est Ali. Même en cela, tu es le symbole de cette double et triple culture qui fait elle aussi la richesse d’un pays et qui marque aujourd’hui notre immigration. Ali, André, les deux sont partis trop vite, vous êtes partis trop haut. Mais quand l’un manque, l’autre est toujours là. En vérité, on se console comme on peut car ton absence est insupportable.

On ne dira jamais assez que tu es un vrai artiste, une âme de bohémien au sens noble du terme. C’est dans le rêve que tu as nourri tes combats de haute tension et c’est aussi dans tes rêves que tu aimes te reposer. Nous aimions tous, j’adorais, ta dérision malicieuse et quelques fois cette malicieuse lassitude au coin des yeux, tes fous rires, tes sourires de gentillesse comme des lumières. La nostalgie des berceuses qui ont accompagné ton enfance, des mélodies amazigh et du chaâbi ont dû façonner cette musique intérieure qui imprègne jusqu’à ta démarche politique qui toujours refusé dogme et sectarisme.

En ce jour gris, je repense au “ printemps de Vivaldi ”. Cette ritournelle que tu m’infligeais dans ta voiture avant ta disparition, c’est encore et toujours le printemps amazigh de 1980 dont tu as été l’un des artisans. Cet événement a été une sorte de trait d’union avec le Printemps de Prague qui nous a fait rêver à l’éclosion, enfin, de toutes les libertés dans notre pays.

Ton exécution, comme celle de Abbane Ramdane, Mohamed Khider, Belaïd Aït-Medri, Krim Belkacem pour ne citer qu’eux, a été le révélateur de la nature et des pratiques d’un régime qui tue quand il a peur. D’un régime qui a privé le peuple algérien de son droit à l’autodétermination en éradiquant ses libertés d’expression, d’organisation et de participation. Ton assassinat a été prémonitoire de cet octobre 88 qui généra tant d’espoir mais qui fut finalement un octobre noir. Ta mort a été annonciatrice de ce que notre pays connaît aujourd’hui sans devoir jamais sortir de ce fait tragique : on cible d’abord un homme, toi, Ali. Un peuple tout entier devient ensuite un “ ennemi ” à soumettre coûte que coûte.

La communauté internationale et la France n’ont rien dit quand tu as été battu. Elles se taisent aujourd’hui aussi sur cette guerre, cette sale guerre qui n’en finit pas et sur ce qu’il faut bien appeler des “ crimes contre l’humanité ”.

Tu as été parmi les rares hommes dont on peut dire qu’ils furent des visionnaires. Ce n’est pas un mot vide de sens : tes textes sont là pour rappeler que tu avais prévu les conséquences du pouvoir absolu et de l’impunité. Ta fidélité et ta lucidité nous manquent. Tu manques à notre pays. Tu manques à la direction de notre parti. Tu manques à Yalane, à Léa, à notre Annie. Tu me manques. Mais tu reste vivant chez tous ceux et toutes celles qui ne renonceront jamais.

 

Hocine Aït Ahmed

Le 7 avril 2001