fbpx

Communication dans le monde ( 2 Octobre 1980 )

Le tiers monde n’est pas le seul concerné.

La 21ème session de la Conférence générale de l’UNESCO qui se déroule du 29 septembre au 28 octobre à Belgrade sera principalement consacrée aux problèmes de communication dans le monde. Tout comme à l’occasion des multiples rencontres portant sur le nouvel ordre économique international, les pays du tiers monde vont dénoncer les structures et les techniques d’inégalité dans l’échanges en matière de communication dont ils sont victimes et dont bénéficient les pays industrialisés de l’Est et de l’Ouest. Des revendications destinées à corriger les déséquilibres qui permettraient de jeter les bases du nouvel ordre international de l’information.

Il ne serait pas étonnant que l’option désabusée par une stratégie de l’échec perpétuel réagisse avec scepticisme. Encore une Conférence? que-sais-je de ce qui se trame en réalité, et de toute façon que puis-je? Cette réponse s’expliquerait si le nouvel ordre international de l’information se réduisait aux revendications des gouvernements du tiers monde. Car, premièrement, le message serait particulier et partial. Ce serait oublier les aspirations des hommes et des peuples du monde <> pour lesquels le socialisme signifie liberté d’information et non propagande.

Les événements de Pologne soulignent l’écart des réalités vécus quotidiennement par les travailleurs et les réalités claironnées par le secret des huit-clos et la censure. Ce serait également ignorer qu’en Occident le pluralisme libéral ne met pas l’information à l’abri de la raison d’état et les grands monopoles financiers. Témoins, les matraquages publicitaires, les campagnes orchestrées par les fournisseurs d’armements. Réduit au rôle de consommateur, le citoyen n’a même pas le temps de s’apercevoir que sa passivité, c’est-à-dire le refus de participation et d’une solidarité actives à la vie nationale et internationale le condamne à une existence de solitude et désespoir.

Au demeurant, entre Est et l’Ouest l’instauration d’un nouvel ordre de l’information en Europe fait toujours problème. Il n’est pas évident que la prochaine conférence de Madrid fasse avancer l’application des accords d’Helsinki.

Deuxièmement, le message serait erroné puisqu’on laisse entendre que le nouvel ordre international de l’information restaurant la liberté d’information dans le tiers monde et se fera au service des citoyens et non pas des pouvoirs en place. Cette vérité implicite pourrait se fonder sur la valeur et les intentions de quelques personnalités du tiers monde dont le directeur actuel de l’Unesco. Et pourquoi pas aussi d’éventuelles conversions en chaîne à la démocratie des dirigeants du tiers monde ?

Ce qui inquiète

Mais la généralisation des structures oppressives et des pratiques répressives en Afrique, en Asie et en Amérique latine renforcent plutôt la vérité contraire. Il en serait alors du nouvel ordre international de l’information comme du nouvel ordre économique international. Du reste, à quoi sert de les quémander? Quand donc les puissants ont fait cadeau de leur puissance? Surtout quand ils reçoivent chaque jour en cadeau la désunion, l’affaiblissement, voire la destruction des pays du tiers monde par eux-mêmes. Le Courrier de l’Unesco nous apprend que les dépenses d’armements se chiffrent à un milliard de dollars à la minute alors qu’un milliard et demi d’enfants sont la proie de la faim, de l’insalubrité et l’ignorance.

Or, faut-il rappeler que 75% du commerce d’armements concerne le tiers monde, qui en se ruinant permet aux pays nantis d’équilibrer leur balance de paiements et d’assurer leur croissances. Ils renforcent ainsi la logique inégalitaire qui a présidé à l’intégration du système international autour des deux blocs hégémoniques. La dynamique du non-alignement faisant place à la logique de prolétariat propre aux hégémonies, les états du tiers monde pourraient bien accéder aux satellites comme ils ont accédé aux blindés et arroser la planète des portraits de leurs vedettes. Mais est-ce là le nouvel ordre international de l’information dont il s’agit?

Ce qui rassure

Ce qui rassure, c’est qu’il y a une prise de conscience des enjeux décisifs liés à la liberté de communication et au droit de l’information. Il ne fait plus de doute que la stratégie de l’échec perpétuel est due à l’absence permanente et conséquente de l’opinion mondiale, des majorités concernées dans la solution des grandes crises internationales. De plus, l’effort prodigieux des progrès technologiques confère à l’information une puissance effrayante. L’informatique au service de la désinformation et de la militarisation du monde, tel est le spectre qui commence à hanter et à responsabiliser les esprits.

Cette prise de conscience fera-t-elle franchir un seuil historique à la conférence de Belgrade? Il est de bon augure que celle-ci ait lieu dans le cadre de l’Unesco qui vient d’appeler à une véritable solution des problèmes des valeurs, refusant de scier le problème de la paix civile du nouvel ordre économique mondial en problème de respect et de la promotion des droits de l’homme.

Encore faut il que l’UNESCO se donne et donne à l’opinion mondiale les moyens écrits, audiovisuels d’exercer d’une façon permanente et à l’échelle mondiale son rôle d’humanisation et de démocratisation.

Hocine Ait-Ahmed
24H,le 02/10/1980