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Conférence de presse de Hocine Aït-Ahmed, Bonn, 10 Mars 1995

Offensive Diplomatique de Hocine AIT AHMED en faveur de la paix et la démocratie en Algérie.

L’enlisement du conflit fratricide, continue de décimer et de prendre en otage la population algérienne. Les affrontements implacables qui opposent, depuis trois ans, l’armée et les islamistes se soldent par un bilan effroyables pas moins de 40 000 morts ; 20.000 pour la seule année 1994 ; 1000 morts par semaine. Autant dire que le nombre de personnes tuées en Algérie en l’espace de 03 semaines, est équivalent au total des victimes de la violence enregistrée en Irlande en 15 ans.

Qui pouvait se douter de l’extension et de la gravité de la violence, de l’effondrement de l’état dans plusieurs régions du territoire, de la multiplication des maquis intégristes, de la montée, en maffias locales, de la criminalité et du racket ?

Sans oublier les effets désastreux des accords conclus dans ce climat de terreur, entre le gouvernement et les institutions monétaires internationales, sur la situation économique et sociale des Algériennes et des Algériens.

De toute évidence, la politique d’affrontement mené le pays, vers la guerre civile. Tout le monde est convaincu que la solution militaire est impossible.

Aujourd’hui, l’Algérie se trouve devant une impasse totale.

Avec pour seule perspective l’effondrement de l’état et l’éclatement du pays.

C’est au moment même où l’avenir de l’Algérie semblait confisqué qu’une lumière s’allume à Rome. « Une plate forme pour une solution politique, pacifique et démocratique » est adoptée et signée le 13.01.1995 par les partis représentatifs de l’opposition algérienne.

Résultats miraculeux ? Oui ! si l’on songe aux divergences politiques, aux projets de société différents ainsi qu’aux contentieux psychologiques qui séparent les signataires des accords de Rome.

Elle est aujourd’hui une alternative poli tique véritable et crédible.

Cette plate forme ne cesse de susciter soutiens et enthousiasmes dans les quartiers populaires auprès de cette jeunesse exclue qui constitue les 3/4 de la population algérienne.

Un réel revirement politique en faveur d’une solution négociée s’opère au sein de la Communauté Européenne.

Cependant, cette offre de négociation, de paix et de réconciliation se heurte toujours à une fin de non recevoir opposée par le régime.

Jusqu’à quand tournera-t-il le dos aux efforts de paix initiés à Sant Egidio ?

Les gouvernants algériens risquent de s’enfermer dans une « stratégie de la terre brûlée »

C’est dire que le processus de paix en Algérie sera long et semé d’obstacles. Les extrémistes de tous bords semblent déterminés à casser la dynamique de Rome en multipliant les provocations et les attentats aveugles.

Le pouvoir nous présente aujourd’hui une hypothétique élection présidentielle comme seule issue à la crise. Une élection préfabriquée d’avance pour choisir un homme du sérail. L’élection présidentielle dans cette situation de pré-guerre civile ne réglera pas le problème sécuritaire.

Toutefois un sursaut est possible, la situation est encore réversible, avec une réelle volonté de dialoguer pour construire à plusieurs une cohabitation et des institutions démocratiques.

Arrêtons d’abord le massacre, après, tout est négociable. J’ai dit et je le répète : tout est négociable mais seulement dans la concertation et dans la paix civile.

Toutes les garanties nationales voire internationales sont négociables.

Une élection n’est crédible que s’il y a un choix libre et accepté de tous. Elle n’est loyale que si elle est démocratique.

La communauté internationale doit aider le peuple algérien, elle doit peser de tout son poids en faveur de vraies négociations entre le pouvoir et l’opposition dans le respect de la souveraineté nationale.

L’initiative de Rome permet aujourd’hui à la communauté internationale et notamment à l’union européenne de conditionner une aide économique massive à un règlement négocié de la crise par les algériens.

Hocine Ait Ahmed

Le 10.03.1995