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Conférence de Presse de Hocine Aït-Ahmed : « Les Législatives ne seront ni Propres, ni Libres, ni Honnêtes », Alger, le 22 octobre 1991

Conférence de Presse de Hocine Aït-Ahmed

Après le vote des lois électorales dont l’iniquité n’a d’égal que la coloration partisane, après l’intervention du Chef de l’Etat à la télévision ou il a fait l’apologie des institutions en particulier l’APN, après le remaniement du gouvernement qui a fait apparaître clairement que « l’indépendance » du premier ministre n’est qu’un leurre destiné à faciliter l’application d’un plan préalablement élaboré au profit d’un clan du pouvoir, Monsieur Hocine Ait Ahmed, secrétaire général du FFS a convoqué une conférence de presse au siège national du parti ce mardi 22 Octobre.
A cette occasion il annonce que son parti retire sa confiance au gouvernement.
Dans son allocution que nous reproduisons intégralement ci-dessous, il explique pourquoi.

Le FFS a décidé de retirer sa confiance au gouvernement de M. Ghozali : les mesures économiques, politiques et sociales de ce gouvernement motivent notre décision.

La presse a probablement compris et anticipé pour avoir suivi la rencontre nationale sur la question sociale et l’interpellation récente du gouvernement quant à ses activités législatives.

Il me paraît juste et cohérent de vous rappeler d’abord les raisons qui ont amené le FFS a accorder un préjugé favorable à ce gouvernement. C’est en partie pour les mêmes raisons, aujourd’hui, que nous lui retirons notre confiance.

Lors de son installation, après les événements sanglants de juin 1991,qui ont conduit à l’instauration de l’état de siège, le gouvernement de transition, présumé indépendant. Sa mission principale, clairement affirmée alors, est d’organiser des élections législatives « propres et honnêtes », avant la fin de l’année.

Nous avions, pour notre part, considéré qu’un gouvernement, quel qu’il soit, mais un gouvernement civil, valait mieux que l’état d’exception.

La paix civile, la stabilité de la situation politique, le risque de faillite économique, l’explosion sociale imminente constitueraient ainsi des raisons supplémentaires pour adopter une attitude conciliante envers une équipe gouvernementale dont la composante présentait déjà à discussion, quand bien même elle comptait des compétences crédibles et reconnues, fussent- elles du FFS.

Nous avons cependant tenu à exprimer dés notre premier contact, dans un mémorandum remis au chef du gouvernement, des réserves et des conditions quant à notre soutien.

Il nous était notamment apparu que des mesures urgentes en faveur des populations démunies devraient constituer également une priorité du gouvernement.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Monsieur Ghozali tombe le masque.

Il a d’abord trahi les partis. Le tournant se situe après la deuxième rencontre partis-gouvernement. Tout en recentrant les débats sur l’organisation des élections législatives. Il a abdiqué ensuite devant une assemblée illégitime ; plus encore, les lois électorales actuelles ne sont, en vérité, que le sauvetage des lois « Hamrouche » qui ont eu les conséquences que l’on sait

Se faisant, le chef du gouvernement trahit aussi le peuple algérien. Tout le monde s’attendait, en effet, après la « gifle » qu’il a prétendu avoir reçu, de son propre aveu, à ce que le gouvernement démissionnât. Ce eut été digne de lui et du peuple algérien

Dans le même esprit, le chef du gouvernement s’était refusé à être le gérant de l’état de siège. Tous les observateurs admettent aujourd’hui qu’en proposant la loi sur les manifestations publiques, sur recommandation du haut conseil de la sécurité. Monsieur Ghozali est plus que le gestionnaire.

La présence du Général Major Belkheir, éminence grise du Président, inspirateur et exécuteur de ses œuvres ; est hautement révélatrices, M. Rahal avait été sans doute trop tendre, ou bien, la confiance régnerait –elle entre la présidence et le gouvernement ?

Aurait-on mis un fil à la patte au chef du gouvernement ?

Par cette proposition de la loi sur l’ordre public, le gouvernement a outrepassé et dévoyé, déjà largement, sa mission première.

Au plan économique et social, il n’est pas demeuré en reste. Insensible à la détresse et à l’aggravation des conditions de vies et de travail de la population, et malgré des engagements, lors de son entrée en fonction, il a poursuivi la politique de son prédécesseur. Une fois de plus, les plus démunis paient le prix, d’une gestion dont ils ne sont, en rien, responsables. On applique immédiatement les clauses du FMI dans leurs grandes lignes, mais le filet social tarde à se mettre en place, seraient –ce un vœu pieux ?

La crédibilité internationale du pays, de ce gouvernement, a du grandement souffrir à la suite de l’évidence de M.Benissad alors en pleine renégociation avec le FMI.

Ce type de décision est malheureusement de pratique courante sous nos latitudes. Voudrait-on supprimer des témoins gênants, continuer à privilégier les relations secrètes et mijoter une cuisine électorale dans la stricte intimité ?

Ceci expliquerait-il l’empressement suspect à proposer des lois ou des amendements portant sur le plan annuel, la déclaration de patrimoine, le code pétrolier, le code de commerce, la monnaie et le crédit ?

D’aucuns y décèlent une stratégie électorale présidentielle, tout cela pour conforter l’image d’un homme d’Etat capable de donner les garanties tant au plan intérieur qu’extérieur.

Le danger est réel, au rythme d’une libéralisation « sauvage » de voir s’aggraver les tensions sociales. A cet égard, le durcissement de l’UGTA est éloquent !

Une fois de plus, la suppression du processus démocratique n’était-elle pas sous jacente et ne constitue-t-elle pas la toile de fond des mesures actuelles ?

Il y a là l’arrière pensée de pérenniser le pouvoir actuel.

Ces mesures doivent être remise en perspective avec remaniement ministériel dit « technique » qui a vu un renforcement de la composante FLN au sein du gouvernement présumé indépendant.

La raison, à peine cachée, est la mise en place d’une machine de contrôle et de propagande qui vise à discréditer les partis politiques vraiment représentatifs et à faire triompher une fraction du FLN avec ses « affiliés » indépendants et opposants, avoués et inavoués.

La présence remarquée et nombreuse dans ce gouvernement de membres de la Conférence Nationale des Démocrates, jette une lumière crue sur les intentions véritables d’une certaine opposition.

Comment aussi passer sous silence la position du président de la république qui s’est impliqué ou a été impliqué de manière partisane dans les développements politiques récents ?

En définitive ; la « gifle » a fait tomber le masque !

Le gouvernement Ghozali s’est révélé au grand jour comme un centre du pouvoir clanique et partisan. A l’épreuve des faits, toutes ces structures peuvent se révéler comme autant de châteaux de sable.

Tous « ces messieurs » peuvent bien tirer des plans de comète.

La normalisation de la situation est encore à venir. Si on n’y prend pas garde l’explosion sociale frappe à nos portes.

La voix des leaders du FIS porte au-delà des murs. Et ce n’est pas demain qu’on annexera son électorat !

Les élections peuvent encore être remise en cause et la situation basculer. Tout cela parce que le pouvoir et ses centres viennent de gâcher la seconde qu’auraient pu être ces élections.

Elles ne seront ni libres, ni honnêtes, ni loyales ni propres. Nous irons à ces élections parce que nous y tenons, parce que notre peuple, parce que notre parti, parce que des hommes et des femmes de bonne volonté sont décidés, sont déterminés à fonder et à enraciner la démocratie.

Alger, le 22 octobre 1991

Hocine AIT AHMED

Secrétaire Général du FFS