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Déclaration de Hocine Aït-Ahmed : « Nous avons un coup d’Etat sinon dans la forme mais bel et bien dans les faits ». 12 Décembre 1992

 

« Nous avons un coup d’Etat sinon dans la forme mais bel et bien dans les faits. »

 


Déclaration de Monsieur Hocine Aït Ahmed

Secrétaire Général du FFS

Dimanche 12 janvier 1992 à 17h.

Je déplore qu’aucune information sur les conditions de la démission du chef de l’Etat n’ait été donnée et ce, 24 heures après cet événement important.

Il s’agit malheureusement d’une constante qui ne favorise pas la transparence et dont le seul résultat est de désespérer un peu plus les Algériens.

Sommes nous devant la situation de coup d’Etat ? Nous avons bien peur que oui même si cela était fait dans les formes et sans violence apparente. Encore que la forme laisse à désirer.

La dissolution de l’Assemblée populaire nationale nous paraît en effet bizarre puisque acte juridique et hautement politique ; elle aurait du être rendu publique en son temps.

Une dissolution clandestine ne pouvant en tout état de cause être dans la légalité constitutionnelle.

Par ailleurs, s’agissant de l’annulation des élections législatives, la constitution dit-elle que la démission ou même le décès entraîne l’annulation des élections législatives ?

Même s’il y a eu respect des formes sans violence apparente, on sait d’ores et déjà que les élections législatives sont annulées, encore que l’ambiguïté subsiste concernant la norme constitutionnelle.

C’est vrai, le danger intégriste existe. Ce n’est pas un hasard si nous avons été les seuls à appeler à une marche pour mobiliser la population. Plus de 700.000 personnes ont répondu et ce succès m’autorise à penser que rien n’était perdu et qu’on pouvait aller au bout du processus électoral.

La constitution prévoit suffisamment de garde-fous. Pourquoi choisir la mise en vacances de la Démocratie ?

J’ai le regret de dire que tout cela a été voulu et organisé. Je n’ai cessé depuis plusieurs semaines de mettre en garde contre une telle tentation.

Nous avons vu un chef de gouvernement faire une campagne présidentielle pendant qu’il faisait croire à la population qu’il s’agissait de législatives.

Nous avons vu ensuite une kyrielle de partis politiques, ses alliés, qui, bien que battus au premier tour se sont agités pour obtenir l’annulation du scrutin et l’intervention de l’armée.

Nous avons même vu un Ministre du gouvernement annoncer en première page d’un quotidien étranger l’intervention de l’armée et l’arrêt du processus électoral.

Décidément, l’histoire balbutie en Algérien une fois de plus.

Nous avons un coup d’Etat sinon dans la forme mais bel et bien dans les faits.

Dans tout cela, s’est-on soucié de l’avenir démocratique des Algériennes et des Algériens ?

La question immédiate est de connaître la réaction de la rue et dans les quartiers populaires.

Comment mépriser à ce point les forces représentatives de notre pays, qui comme le FFS, ont joué la paix civile, la démocratie, qui sont allées aux urnes et l’ont remporté.

Depuis octobre 1988, l’Algérie est malade de vide politique et de l’absence légitime de ses gouvernants.

C’est là que réside le principal facteur d’instabilité de ce pays.

Le coup d’arrêt brutal au processus électoral ne fera qu’aggraver ce problème malgré les apparences.

Le Chef du gouvernement qui a géré l’état de siège pendant quatre mois, n’a pas tenu sa promesse d’élections législatives libres, propres et honnêtes, trop occupé qu’il était à se préparer une majorité présidentielle.

Une fois de plus, les Algériens assistent, épuisés, aux luttes de sérail. C’est leur avenir démocratique qui en supporte les conséquences.

On ne croira pas, on ne fera croire à personne, que stopper un processus électoral chèrement acquis, est une avancée de la démocratie.