Alger, le 31 janvier 2021

DIRECTION NATIONALE 

DECLARATION

Le FFS a été destinataire d’un avant-projet de révision de la loi électorale.

Au-delà des dispositions nouvelles contenues dans ce texte, c’est l’ensemble du dispositif politique actuel qu’il s’agit de questionner. Une loi électorale, quand bien même elle prémunirait le pays contre certaines dérives du passé, ne saurait garantir un scrutin libre et crédible.

La démocratie ne se résume pas à l’isoloir. Elle suppose un climat politique de libertés qui permette un choix libre et conscient. 

Quel crédit pouvons-nous accorder à un texte proposé à la discussion aux partis politiques dans un contexte marqué par des arrestations et des condamnations arbitraires pour délit d’opinion et par un verrouillage sans précédents des espaces politiques et médiatiques ?

Alors que nous espérions un changement radical de cap et une volonté politique réelle des tenants du pouvoir d’amorcer une nouvelle ère, nous constatons avec regrets, et surtout inquiétude, que le calendrier électoral a été maintenu alors que le contexte actuel, national et régional, exige une approche politique à la hauteur des aspirations légitimes du peuple algérien.

Depuis des décennies, avec une ampleur particulièrement exceptionnelle depuis le 22 février 2019, les algériennes et les algériens réclament un changement radical et pacifique du système de gouvernance dans notre pays.

Si, les déclarations officielles reconnaissent que le « peuple algérien a sauvé l’Etat de l’effondrement » en mettant fin à un inique et surréaliste 5ème mandat, force est d’admettre que ses droits fondamentaux, à commencer par le premier d’entre eux, -le droit à l’autodétermination-, ne lui sont toujours pas reconnus.

Le rejet massif du référendum portant révision constitutionnelle devrait pourtant interpeller le régime et lui faire prendre conscience de la détermination d’une jeunesse à tourner la page des humiliations et des injustices.

Une jeunesse qui aujourd’hui semble poser problème à ce régime alors qu’elle constitue un formidable atout pour le développement du pays. Une jeunesse qui n’est clairement plus disposée à tolérer son exclusion ou sa marginalisation et à accepter sans réagir les violations de ses libertés fondamentales : celles de se rassembler, de s‘organiser et de manifester pacifiquement.

Maintenir, contre vents et marées, un agenda électoral alors que l’état du pays se détériore à tous les niveaux, c’est non seulement prendre le risque d’un nouvel échec mais c’est aggraver la défiance populaire et creuser encore un peu plus le fossé entre le peuple et ses dirigeants.  

Il est temps de saisir le véritable sens d’une dissidence citoyenne qui ne se résume nullement à une simple parenthèse à refermer en enfermant quelques symboles honnis de ce régime.

La raison exige de tirer les leçons de cette dynamique politique historique et de l’accompagner pour la transformer en énergie positive pour parachever démocratiquement le projet national tel que façonné par notre glorieuse révolution.

Plutôt que d’épuiser le pays en mobilisant les appareils sécuritaires dans une « guerre politique » contre la société, en usant de répression, de manipulation et de diversion, il est temps de reconnaitre aux algériennes et algériens le droit fondamental à la participation politique en abrogeant l’ensemble du dispositif « liberticide ».

Le pays a besoin d’un choc de confiance.

Le courage politique, ce n’est pas s’accrocher à un agenda politique dont l’échec est prévisible. Le courage politique, c’est oser des révisions déchirantes lorsque l’intérêt national le commande.

Le monde subit des transformations majeures, accélérées par la pandémie sanitaire, qui impose à notre pays de sortir de l’instabilité et de l’improvisation politiques. Le monde de demain sera celui de l’intelligence et de l’innovation.

L’Algérie regorge de talents, aussi bien à l’intérieur qu’à l’étranger, qui ne demandent qu’à être mobilisés pour construire le pays, pour peu qu’on se débarrasse d’un « système de gouvernance » autoritaire et archaïque. Seule une société de libertés parviendra à relever les défis du développement et du progrès.

Plus vite le pays engagera de profondes transformations politiques, économique, sociales et culturelles et mieux il sera armé pour affronter toutes les crises et à sauvegarder notre indépendance et notre sécurité nationales. 

Le FFS salue les efforts et l’engagement de nos soldats pour sécuriser nos frontières. Nous nous tiendrons toujours à leurs côtés.

Mais c’est une évidence de reconnaître que la défense nationale exige une approche globale et doit être fondée avant tout sur la citoyenneté.

Aucune armée au monde ne peut durablement contenir de potentielles menaces et protéger l’intégrité territoriale si le pays ne dispose pas d’institutions politiques, légitimes et représentatives capables d’assurer la stabilité politique, la continuité des services de l’Etat et la mobilisation politique du peuple.

Le rôle des élites civiles doit être réhabilité et leur sélection devra obéir à des mécanismes démocratiques et non plus à des logiques de cooptation clientéliste et aux diktats des appareils sécuritaires.

Le statuquo actuel ne peut plus durer. L’environnement régional et international et l’état de défiance des populations imposent d’engager urgemment le pays sur la voie de la réconciliation historique.

Depuis sa fondation le 29 septembre 1963 par des militants du mouvement national, le FFS, s’il a été et demeure intransigeant quand il s’agit de défendre les droits démocratiques et les libertés fondamentales, a toujours su placer l’intérêt national au-dessus de toute considération.

Nous avons toujours su faire preuve de responsabilité dans les moments cruciaux qu’a traversé notre pays en proposant des solutions politiques de sortie de crise.

Nous restons convaincus que l’organisation d’élections réellement libres et crédibles doivent impérativement être précédée d’un dialogue sans exclusive qui posera les fondements d’un vie politique démocratique qui garantira l’alternance politique, institutionnalisera les contre-pouvoirs et encouragera la construction des médiations politiques et sociales, démocratiques et autonomes.

Pour l’organisation de ce dialogue, le FFS a appelé récemment à la tenue d’une Convention nationale pour dégager un consensus national autour d’une issue politique, globale et démocratique. Cet appel de raison s’adresse tout autant aux forces politiques et sociales qu’à ceux qui détiennent les leviers décisionnels.

Pour la réussite d’un tel dialogue le FFS  juge indispensable de créer, au préalable,  un climat de confiance et d’ouverture en direction de la société et de ses représentants politiques, syndicaux et associatifs, en procédant : 

   – à la libération des détenus politiques et d’opinion et leur réhabilitation politique et sociale.

   – à l’ouverture des champs politique et médiatique et la levée des entraves à l’exercice politique, syndical et médiatique.

    -à l’’arrêt immédiat des poursuites judiciaires à l’encontre des militants, des journalistes et des syndicalistes engagés dans le combat démocratique.

     – au gel de tous les engagements économiques qui bradent ou hypothèquent les ressources nationales

      – à la libération de l’appareil judiciaire de toute emprise ou injonction afin de rétablir sa crédibilité de la justice et de regagner la confiance de la population.

Il est grand temps de réparer les graves injustices politiques commises depuis l’indépendance contre notre peuple et redresser notre Nation pour qu’elle retrouve son rôle moteur dans la construction d’un espace maghrébin et africain libre et prospère.

Vive l’Algérie libre et démocratique

Gloire à nos valeureux martyrs

LA DIRECTION NATIONALE