Ifri Ouzellaguen, le 20 août 2020

Déclaration du Premier Secrétaire

Chers compatriotes,

Hocine Ait Ahmed, avait écrit dans un message adressé au peuple algérien le 20 août 2003 : « Faire revivre le Congrès de la Soummam c’est ouvrir la voie à l’espoir et redonner à la Nation algérienne confiance en elle-même. Le miracle qui a pu s’accomplir en pleine guerre de reconquête coloniale est, aujourd’hui, à la portée des Algériens et Algériennes. Cet anniversaire est là pour nous rappeler que notre Nation a vécu de grandes choses dans son histoire. Elle est montée si haut dans l’affection et l’estime des peuples et des hommes libres du Monde en Tiers ».

Chers compatriotes,

Nous célébrons aujourd’hui le double anniversaire du 20 août (1955-1956). Deux dates grandioses et fondatrices qui ont marqué l’histoire de notre révolution et qui transcende la notion du temps pour se poser à notre peuple comme repères incontestables pour construire une Algérie, Démocratique et sociale. 

Le 20 août 1955, soit quelques mois après l’appel du 1er novembre 1954, l’insurrection populaire du nord-constantinois est sauvagement réprimée. Cet événement tragique, comparable aux massacres du 8 mai 1945, mobilisera le peuple algérien et scellera son unité autour du FLN historique.

Dès lors se posera la nécessité d’organiser la lutte révolutionnaire.

Une étape décisive est franchie, le 20 août 1956, lorsque le congrès de la Soummam désignera les instances politiques dirigeantes et adoptera des résolutions qui préfigurent les bases institutionnelles et doctrinales du futur Etat algérien indépendant.

En fédérant l’ensemble des sensibilités du mouvement national  et en consacrant la primauté du politique sur le militaire dans la conduite de la lutte révolutionnaire, les artisans du congrès de la Soummam sont parvenus, malgré quelques réticences marginales, à construire le consensus national indispensable pour libérer le pays.

Si les luttes fratricides et sanglantes autour du contrôle du pouvoir n’ont pas empêché l’Algérie de se libérer du joug colonial, elles ont en revanche contrarié la promesse historique d’édifier un Etat souverain, démocratique et social.

En effet, peu après la libération, le coup de force constitutionnel de 1963 a porté un véritable coup d’arrêt à l’élan révolutionnaire, avant que le pays ne soit brutalement placé, à la faveur du coup d’état de juin 1965, sous un nouveau joug, celui  de l’autoritarisme.

C’est pour s’opposer à cette violence politique, ainsi qu’à la dépossession du peuple de son droit imprescriptible à l’autodétermination individuelle et collective, que Hocine Ait Ahmed et ses compagnons ont proposé une initiative politique majeure en créant le Front des Forces Socialistes dès septembre 1963.

Issus du mouvement national, les dirigeants et les militants du FFS étaient convaincus que l’ordre sécuritaire anti-politique imposé par la force finirait par entraîner le pays dans des impasses suicidaires. 

Pendant un temps, la modernisation autoritaire a pu donner l’illusion d’un développement autocentré qui ferait rattraper au pays son retard industriel et renforcerait l’indépendance nationale. Mais rapidement, l’état désastreux de notre pays est venu rappeler que toute politique de développement présupposait une gouvernance démocratique et la participation politique pleine et entière des algériennes et des algériens.

Confondant Etat et régime, les différents clans qui se sont alternés aux commandes du pays, parfois au prix de règlements de compte meurtriers, ont tout mis en œuvre pour mettre en échec toute démarche politique qui aurait permis au pays de s’engager sur la voie de la construction de véritables institutions démocratiques.

Agissant en dehors d’institutions formelles réduites à un état d’intendance, jouissant d’une impunité totale, les régimes successifs ont programmé la ruine de toute une Nation. Les richesses du pays sont captées, détournées et dilapidées.

Que dire des vingt dernières années,  sinon qu’à coup de milliards générés par la flambée des cours du pétrole, elles ont fini par supprimer les quelques digues patriotiques qui résistaient encore au déferlement des castes prédatrices.

En généralisant la corruption pour en faire l’un de ses principaux instruments de domination, le régime sous l’ère Bouteflika a transformé l’Algérie révolutionnaire en une immense jungle à ciel ouvert, ou tout s’achète et se vend, y compris la dignité.

Aucune institution n’a été épargnée, pas même l’institution militaire touchée en plein cœur par des scandales qui ont failli mettre en danger sa cohésion et par conséquent la sécurité nationale.

Continuité d’un système anti-politique sous ses formes les plus antinationales, les années Bouteflika  ont fini par conduire à la négation pure et simple de l’idée même d’Etat.

Le FFS qui, dès l’indépendance s’est élevé contre la confiscation de la souveraineté populaire et la trahison des idéaux de la révolution, tient à rendre un vibrant  hommage aux millions d’algériens et d’algériennes qui, dans un sursaut de dignité, ont permis d’enrayer l’inéluctable descente aux enfers et d’exiger que soit enfin restitué l’Etat à la Nation.

64 ans après la tenue du Congrès de la Soummam, la question cruciale de restituer l’Etat à la Nation  se trouve au centre des préoccupations nationales et nous  projette dans une exigence à la fois politique et historique : celle d’un changement radical du système et du passage pacifiquement d’un système autoritaire fermé à un système démocratique ouvert en mesure de garantir  l’autodétermination individuelle de chaque Algérienne et Algérien et l’autodétermination collective de notre peuple.

Excédés et révoltés par le mépris, l’impunité et les injustices, ils ont investi dès le 22 février 2019 la rue pour dire non à la destruction du pays. En s’opposant massivement et frontalement à un cinquième mandat suicidaire, ils ont exprimé leur détermination à se réapproprier leur droit de gérer leurs propres affaires et revendiquer un Etat de Droit, garant des libertés et du respect des droits de l’Homme.

Le régime actuel a tort d’assimiler ce mouvement populaire à une simple révolte contre un homme, ses réseaux clientélistes et oligarchiques.

Penser que quelques condamnations spectaculaires d’anciens premiers ministres, de politiciens ou d’affairistes véreux étancheront la soif de liberté, de justice et démocratie du peuple algérien serait encore plus grave.

Le FFS appelle les algériennes et les algériens à rester mobilisés et vigilants face aux multiples tentatives d’instrumentalisation afin d’entraîner dans la confrontation ce formidable mouvement unitaire, pacifique et citoyen.

Il ne fait aucun doute que des « forces » à l’intérieur et à l’extérieur du système agissent sournoisement et méthodiquement pour prolonger et aggraver l’impasse et provoquer un basculement dans le désordre et la violence.

Le pouvoir en place doit prendre la mesure des graves périls qui guettent la Nation en cessant les ruses et les louvoiements. Vouloir à tout prix maintenir un système moribond, c’est parier sur le pire.

Le pouvoir doit se rendre à l’évidence : s’obstiner à vouloir imposer unilatéralement et au pas de charge une nouvelle constitution et un agenda politique dans un climat extrêmement délétère, c’est prendre le risque non seulement d’échouer, mais, plus grave,  d’alimenter toutes les stratégies de déstabilisation du pays, et faire paradoxalement le jeu des  « complots» qu’il dénonce par ailleurs.

Pour le FFS, seul un processus constituant pourra garantir une stabilité politique, prélude d’un retour à la légitimité populaire. L’Assemblée Nationale Constituante constitue une échéance incontournable pour sortir du provisoire et des incohérences politique et juridiques et rendre irréversible la Démocratie.

Pour le FFS, il est une certitude : la « nouvelle Algérie » ne se construira pas sans le peuple, encore moins contre lui.

Comme hier pour le libérer, le pays a besoin de reconstruire un consensus national pour bâtir de véritables institutions politiques qui débarrasseront  définitivement l’Algérie du règne de l’informel et de l’arbitraire.

Le FFS condamne fermement les multiples atteintes aux libertés fondamentales et aux droits des citoyens et  exige la libération immédiate et inconditionnelle des détenus d’opinion.

Le FFS interpelle le pouvoir à mettre fin à la répression, aux arrestations et condamnations arbitraires, et à ouvrir les champs politique et médiatique.

Il est encore temps de rétablir la confiance et de donner ses droits à la politique.

Le FFS demeure convaincu que la reconstruction du consensus national reste l’unique voie de salut pour le pays. Nous ne cesserons d’œuvrer à la concrétisation d’un dialogue sans exclusive, loin des coalitions d’appareils aux objectifs flous, pour la recherche d’une issue politique et démocratique à la crise multidimensionnelle que nous vivons.

Le FFS appelle les acteurs politiques ainsi que toutes les organisations de la société civile à s’élever au-dessus des considérations étroites et conjoncturelles pour se hisser à la hauteur des aspirations populaires et leur donner les prolongements politiques indispensables à la construction d’une véritable alternative démocratique.

Le vrai changement ne se décrète pas, il ne se « scande » pas, il se construit.

Nous devons collectivement faire preuve de responsabilité et mettre au-dessus de toute considération l’intégrité de notre Nation.

Autour de nous, à la faveur de profonds bouleversements géostratégiques dans le monde, des conflits sanglants touchent nombre de nos pays frères et voisins. Nourris pas les interventions étrangères multiformes, ces conflits éloignent chaque jour un peu plus toute perspective de solutions politiques pour ces pays et font peser sur nous des menaces directes.

Travailler à la construction d’un Grand Maghreb uni devient, au-delà de son impératif historique, politique, sociétale et culturel, une exigence de survie pour les pays de notre région.

En plus d’une crise politique qui n’en finit pas et d’un contexte international des plus instables, la pandémie du Covid 19 a aggravé la situation économique et sociale, et a mis à nu l’état désastreux des services publics, en particulier celui de la santé, provoqué par les politiques de démantèlement de l’Etat social.

Le FFS rend un hommage appuyé aux personnels de santé qui, malgré le peu de moyens, des conditions de travail déplorables, et les pressions insupportables auxquelles ils étaient soumis, ont fait preuve d’un admirable dévouement pour tenter de limiter les dégâts.

Chers camarades, chers amis,

Le FFS sort enfin d’une crise qui l’a profondément affecté. La discipline militante ainsi que la détermination à respecter nos textes fondamentaux nous ont permis de dépasser une crise interne sans précédent.

Aujourd’hui, enfin rassemblés autour des instances issues du dernier Congrès extraordinaire qui a permis à notre parti de retrouver sa légitimité et sa légalité, les militantes et les militants du FFS se remettent en ordre de marche pour continuer ce long combat pour la construction d’une alternative démocratique dans le pays.

Nos structures doivent redevenir des espaces de débat démocratique ouverts à toutes les algériennes et à tous les algériens, pour faire de notre prochaine Convention politique l’occasion d’actualiser nos propositions pour le pays dans le respect de notre ligne politique. Ainsi nous pourrons préparer un 6e Congrès politique et rassembleur.

La commémoration du Congrès de la Soummam est l’occasion de réaffirmer notre détermination à redonner la primauté au politique et notre conviction qu’en toutes circonstances l’intérêt du pays et du parti doivent prévaloir.

Plus que jamais le capital historique et politique du FFS doit être mis au service de l’Algérie libre et heureuse.

Gloires à nos martyrs,

 Vive L’Algérie libre et démocratique,

Vive le FFS Le Premier secrétaire
Youcef Aouchiche