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Déclaration sur les Élections Communales et de Wilayas du 12 Juin1990, 9 Mars 1990

Les élections communales et de wilaya viennent d’être fixées par le gouvernement pour le 12 Juin 1990 alors que le parlement FLN discute encore du projet de code électoral, sans qu’au surplus aucune consultation préalable n’ait été faite avec les différents courants politiques. Cette décision s’inscrit dans la logique de l’octroi ( Code électoral, code de l’information, etc …) qui compromet gravement la phase transitoire.

Il s’agit bel et bien, pour le pouvoir, de conduire le FLN du monopole politique à un rôle hégémonique sur l’État et la Société. Une récente déclaration officielle n’avait-elle pas d’ailleurs affirmé que les échéances politiques sont fixées par le FLN, par le biais de lois FLN au bénéfice de celui-ci. La transition de la dictature à la démocratie exige une administration non partisane et une démocratisation de l’information, à l’exemple notamment des peuples des pays de l’Est qui ont réussi à imposer un véritable processus démocratique.

Tout, en demeurant, sans ambiguïté, partie prenante du jeu démocratique amorcé par les réformes politiques, le FFS réaffirme plus que jamais la nécessité de l’élection d’une assemblée Nationale Constituante. L’Assemblée Nationale Constituante est un impératif de la stabilité politique. Elle constitue une échéance incontournable pour sortir du provisoire et des incohérences juridiques et rendre irréversible la Démocratie.

Seul un État de Droit issu d’un socle constitutionnel incontesté et incontestable, fondé sur les droits de l’homme, l’égalité de l’homme et de la femme, la séparation des pouvoirs dans le cadre d’un État civil, l’abolition de la torture, pourra réconcilier l’État et la Société et renforcer la cohésion nationale. Seul la libre participation des citoyens et des citoyennes, garantie par la constitution, pourra faire renaître l’esprit civique et de responsabilité indispensable au développement de notre pays.

L’ère des fausses légitimités historiques ou révolutionnaires est révolue. Le retour à la légitimité populaire commande que le FLN devienne un parti comme les autres. Il est aberrant, après 27ans de privilèges et de gestion désastreuse, qu’il puisse encore prétendre à un traitement privilégié. De même est-il inacceptable que les espoirs soulevés par l’ouverture démocratique puissent être compromis par les crises internes de ce parti.

Le FLN qui fut façone par la résistance héroïque du peuple algérien, appartient quant à lui, au patrimoine national. Lever l’hypothèque de tutelle hégémonique du FLN sur cette phase décisive du processus de démocratisation reste la condition sine qua non du libre choix des citoyens et des citoyennes. Faute de quoi la fixation du calendrier et des modalités électorales, refléteraient les seuls intérêts du FLN.

Hocine Ait-Ahmed
Alger, le 09/03/1990