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Discours de Hocine Aït-Ahmed : « Sept ans ça suffit! Osons un avenir démocratique », Paris, 7 Décembre 1998

« Seul un compromis historique pour la paix et la réconciliation nationale mettront fin au processus de destruction de notre pays ».

Depuis sept ans, la guerre ravage notre pays. SEPT ANS ! Pour nous, Algériens, ce chiffre est terrible. Il ravive le souvenir d’une autre guerre qui, d’un dernier « quart d’heure » à l’autre, avait déjà duré trop longtemps. Une guerre qui, elle aussi, avait provoqué trop de souffrances avant de réveiller les consciences. Les Algériens seraient-ils condamnés à voir l’histoire bégayer ? Ou sont-ils en droit, après sept ans de tueries chaque jour plus absurdes, d’EXIGER qu’on tienne afin compte de leurs priorités et non d’échéances imposées ? Ces échéances qui se multiplient depuis 1995. Car le pouvoir, qui a eu peur des urnes au point d’annuler leur verdict et de faire basculer le pays dans la violence, est pris d’une véritable frénésie électorale. Cinq appels aux urnes en trois ans ! Pas pour changer de politique, mais pour assurer sa survie et empêcher que son énorme déficit de légitimité compromette sa position internationale. Nous sommes loin des problèmes des Algériens. Nous avons, nous, deux impératifs vitaux : le retour à la paix et assurer une vie décente à nos enfants.

On nous dit que « la situation sécuritaire s’est nettement améliorée ». Même si l’intensité des violences a quelque peu baissé, c’est indécent quand 100 à 150 Algériens meurent encore chaque semaine. C’est-à-dire entre 5 et 8’000 par an qui viennent s’ajouter à un bilan rendu impossible par l’opacité et l’absence de statistiques crédibles. Pourtant, CE QUE NOUS SAVONS SUFFIT LARGEMENT A EXIGER LE RETOUR A LA PAIX COMME PRIORITÉ DES PRIORITÉS. Il suffit pour le savoir d’écouter ce que nos amis avocats ne cessent de dénoncer avec une lucidité et un courage exemplaires.120’000 ALGÉRIENS AU MOINS ONT PÉRI depuis 1992. Sans parler des MILLIERS DE BLESSES dont beaucoup resteront invalides toute leur vie. Pour fuit l’horreur, des dizaines de milliers de personnes ont dû prendre le chemin de l’exode et abandonner leurs pauvres biens. Des milliers d’enfants sont orphelins. Les « disparus » se comptent aussi par milliers. A eux seuls, ces chiffres et les drames personnels et familiaux qui en découlent, suffisent à dire : « 7 ANS, CA SUFFIT ! ». La paix et la réconciliation nationale ne peuvent nous être interdites à jamais. Les militaires ont réussi à faire de l’Algérie un pays à part. Ne nous résignons pas à être un peuple à part. Un peuple condamné à ne jamais entrevoir le bout du tunnel alors que le monde entier a encouragé la réconciliation en Afrique du Sud, en Irlande du Nord et dans plusieurs pays d’Amérique centrale. Des pays qui ont pourtant connu des guerres civiles atroces.

L’urgence est donc de METTRE FIN AUX AFFRONTEMENTS, aux attentats aveugles, aux voitures piégées, aux embuscades, aux attaques de casernes, à ces massacres collectifs qui ont fait reculer les limites de la barbarie… « L’urgence est autre », nous dit-on. Comment expliquer alors que tous les candidats « s’aperçoivent » comme par miracle lors de chaque échéance électorale, que LA PAIX EST UNE PRéOCCUPATION ESSENTIELLE des Algériennes et des Algériens ? Qui d’entre nous a oublié qu’en 1995, le candidat Zéroual, soucieux d’être crédible, avait fait de la « paix » un leitmotiv d’ailleurs vite oublé ? Le sang versé tous les jours interdit aux Algériens d’oublier. Hier, on nous affirmait que les groupes armés étaient « défaits ». Aujourd’hui, on nous dit qu’ils se sont « restructurés » pour expliquer le regain de violences à la veille du ramadan. Qui croit encore à ce « dernier quart d’heure » sans cesse repoussé ?

Les Algériens n’en peuvent plus de compter leurs morts et de ne pas savoir le matin s’ils seront vivants le soir. Nous ne voulons plus que nos enfants soient dressées les uns contre les autres, que nos langues soient utilisées comme armes des uns contre les autres, comme si nous ne faisions pas tous partie de ce pays. Comme s’il fallait se résigner à voir notre Algérie appartenir plus aux uns et moins aux autres. Nous ne voulons plus de ces bandes armées qui, sous couvert de Dieu ou de la patrie, continuent à tuer, piller, racketter et enlever dans l’impunité et dans l’indifférence de la communauté internationale.

Prétexter sans honte d’une relative « amélioration » pour évacuer le problème du retour à la paix civils, cela revient à dire qu’à moins de 50 personnes massacrées, la terreur silencieuse et la tragédie quotidienne n’existent pas. Elles existent pourtant. Et rien n’annonce des lendemains sécuritaires vraiment meilleurs. Comment la situation pourrait-elle s’améliorer durablement quand 200 à 300’000 personnes sont armées et quand tous les tueurs, islamistes ou non, sont convaincus que seule la violence paye … Paye à tous les sens du mot ! Quelle amélioration espérer quand la contagion terroriste a deux alliés majeurs : une répression trop souvent aveugle et une effroyavle détresse sociale. Cette détresse qui amène aujourd’hui des ouvriers à menacer de se suicider sur leur lieu de travail pour protester contre la perte de leur emploi. Mourir de ne pas pouvoir vivre. Sait-on que plusieurs l’ont déjà fait sans susciter un mot, un geste de compassion des autorités ?

C’est cette misère qui constitue l’autre priorité des Algériens. Notre priorité. Pendant sept ans, nous avons vécu une politique du tout sécuritaire sans sécurité pour la population, sans Etat de droit. Nous vivons désormais une politique sans perspective pour des millions de personnes qui vivent en deçà du seuilé de pauvreté et n’arrivent plus à payer le minimum, c’est-à-dire le lait et le pain. Qui, faute de moyens, n’envoient plus leurs enfants à l’école. Qui mendient de plus en plus nombreux dans nos villes. Qui sont contraintes de dormir dans les rues avec leurs enfants pendant que le pouvoir et le FMI se délicitent du « rétablissement des équilibres macro-financiers » ! Face à cette détresse, l’Etat a une réponse : il se désengage pendant que la nomenklatura continuent à bénéficier de privilèges et de passe-droits exorbitants. La décision de faire supporter les allocations familiales aux entreprises aura des conséquences dramatiques ; elle va accroître leurs charges, ce qui les poussera à licencier et à ne pas engager de personnes ayant charge de famille. L’Algérie sombre dans la misère. Les violences et les haines s’enracinent et s’éternisent, la société se gramente. Nous vivons une politique du tout sécuritaire sans autre reprise économique que l’engrenage combiné de la grande corruption et de l’économie de guerre.

Et le pire est à venir. Le « dégraissage » de la fonction publique va jeter d’autres hommes à la rue. Ils s’ajouteront aux 30 % de chômeurs -dont 70 % de jeunes- admis officiellement. Ils s’ajouteront aux 140’000 licenciements enregistrés cette année seulement. Comment tolérer que dans un pays riche comme le nôtre, un Algérien sur deux en âge de travailler n’ait pas d’emploi ? Notre appareil productif agonise. (…) Une nouvelle dévaluation du dinar et un troisième rééchelonnement de la dette ne sont pas à écarter. Et pendant ce temps, le gouvernement élabore son projet de loi de finances en tablant sur un baril de pétrole à 15 dollars alors qu’il atteint difficilement les 11 dollars.

Face à cette situation, le pouvoir nous offre une seule perspective, un seul projet politique : un cinquième appel aux urnes en trois ans, dicté par une nouvelle crise interne du régime. Cette crise occule une fois de plus les problèmes de vie et de survie dans lesquels la population se débat depuis sept ans. Une fois de plus, on nous somme d’approuver un règlement par le sommet des conflits créés par ce sommet et qui n’intéressent que lui-même. Nous devons retourner aux urnes parce que plusieurs mois de luttes de clans féroces ont abouti à une révolution de palais et au départ de Liamine Zéroual. Tout s’est passé en dehors des nouvelles institutions « élues », particulièrement du Parlement « pluraliste ». La Constitution de 1995, faite sur mesure par et pour les militaires, a été allégrement violée. Le chef de l’Etat -« légitime car élu », nous disait-on- n’a pu que se démettre. Jamais, pourtant président algérien n’avait disposé de pouvoirs constitutionnels aussi importants. Après cela, quelle crédibilité reste-t-il à l’édifice constitutionnel et institutionnel que les autorités se vantaient d’avoir « parachevé » ?

Les Algériens ont été tenus totalement à l’écart de ces règlements de compte au sommet. Mais l’écume qui nous est parvenue avait des relents de caniveau. Comment appeler autrement ces polémiques ordurières dans la presse, ces insultes -jusque là réservées à des véritables opposants du régime-, et surtout ces révélations sur les dossiers jusqu’ici tabous de la répression ? De quelle République parle-t-on quand de hauts responsables s’accusent, les uns d’avoir créé des escadrons de la mort, les autres d’avoir torturé en octobre 1988 ? Comment ne pas se révolter en apprenant la mort par asphyxie pendant un transfert de 32 prisonniers politiques par quelques lignes dans un grand article contre le ministre de la Justice ? Deux pages sur les turpitudes d’un ministre, six lignes sur la mort de 32 hommes ! Jusqu’où ira ce mépris pour la vie ? Cette banalisation de la mort ?

On ne peut fermer les yeux sur une politique et des pratiques qui ont mené le pays au bord du gouffre. Le déballage ahurissant auquel se sont livrés les différents clans du régime a levé un voile terrible sur ses pratiques, y compris sur la répression et l’utilisation de la torture dès octobre 1988, c’est-à-dire bien avant le début des violences dans notre pays. Quand le régime a eu peur pour la première fois d’un peuple qu’il ne connaissait pas, pour l’avoir toujours méprisé. Les témoignages sur les exactions commises par les extrémises des deux bords rendaient plus coupable le silence de la communauté internationale. Après ce grand déballage médiatique, qui pourra encore dire : « On ne savait pas » ?

Aujourd’hui, les « décideurs » viennent de pousser un président vers la sortie et se sont donnés le temps et les montages nécessaires pour choisir son successeur. En 1995 déjà, le pouvoir nous a imposé une élection présidentielle. Nous n’avions cessé de dire qu’elle ne réglerait rien. Les événements nous ont, hélas, donné raison. Cette élection ne pouvait -ne peut- rien régler pour une simple raison : DANS NOTRE PAYS, LE POUVOIR RÉEL N’A JAMAIS RÉSIDÉ DANS LES INSTITUTIONS.

Ce pouvoir réel, c’est-à-dire l’armée et la police politique, ont toujours utilisé ces institutions comme courroie de transmission et paravent : c’était le cas du parti unique. Ou comme faire-valoir et façade démocratique : c’est le cas du Parlement « pluraliste » mis en avant pour prouver la soi-disant démocratisation du pays.

La question n’est donc pas d’élire -ou plutôt d’avaliser- un président ayant formellement tous les pouvoirs, mais en réalité un seul : représenter et préserver le consensus et l’équilibre des « décideurs » avant que le système continue à se reproduire comme il le fait depuis plus de trois décennies. La question n’est donc pas d’avaliser ce président choisi par ces « décideurs », ces grands électeurs à vue, pour gérer le statu quo et veiller au respect des équilibres internes du régime : équilibre des appareils politiques et sécuritaires, équilibre des chasses gardées commerciales, équilibre dans le partage de la rente… La question n’est pas de reproduire indéfiniment une logique où toute volonté de changement dans les appareils, tout mouvement vers la société engendrent le conflit. Une logique qui condamne les locataires de la Présidence à être renversé comme Ben Bella par un coup d’Etat en bonne et due forme en 1965, à la démission à l’exemple de Chadli et de Zéroual, ou à être purement et simplement esécuté, en direct à la télévision, à l’instar de Mohammed Boudiaf.

Notre logique est aux antipodes car cette politique a mené l’Algérie au désastre. L’absence de libertés démocratiques, la privatisation de l’Etat et du champ politique, l’interdiction faite aux Algériens de s’immiscer dans leurs propres affaires, ont permis au pouvoir de n’être comptable devant aucune instance dans une impunité permanente. Elles ont fait aussi le lit des intégristes et des violences que nous ne cessons de dénoncer. Notre logique, c’est de faire en sorte que cette nouvelle crise imposée aux Algériens serve enfin à poser les véritables problèmes du pays. Car jusqu’ici, aucune crise n’a jamais été mise à profit pour changer de camp.Simplement, on change de tête pour continuer la même chose. On bouge un peu pour que tout reste en place. Le pouvoir veut que cet épisode se solde par la mise en place d’un nouvel équilibre entre les clans. C’est son affaire. Nous refusons, nous, qu’il se traduise par une nouvelle occasion perdue. Une occasion perdue pour l’Algérie, pour le retour à la paix et pour la démocratisation de notre pays. La démocratie de façade et un pouvoir autoritaire nous sont présentés comme la seule solution. Or ils sont le problème. Car quand l’Etat est privatisé, il n’y a pas d’Etat. La priorité, le plus urgent, est donc de rendre l’Etat à la Nation, c’est-à-dire aux citoyennes et aux citoyens.

La situation dans laquelle nous sommes après sept ans de conflit prouve qu’IL N’Y A D’AUTRE ISSUE A LA CRISE QUE POLITIQUE. Nous y parviendrons seulement par une vraie négociation avec tous les acteurs politiques qui comptent, qui veulent un véritable processus de paix et de réconciliation nationale. Il est temps de faire un diagnostic honnête et complet de cette crise. Il convient au préalable d’arrêter de mentir et de se mentir, afin de mieux identifier les blocages. Cet état des lieux doit être fait, ensemble, en présence de la presse nationale et internationale.

Le pouvoir -et ceux qui s’en sont fait les porte-paroles- doivent reconnaître l’échec de la stratégie de guerre mise en place pour éradiquer le terrorisme islamiste. Les islamistes doivent renoncer solennellement à tout recours à la violence. Car AUCUNE JUSTIFICATION D’ORDRE RELIGIEUX OU IDEOLOGIQUE NE PEUT JUSTIFIER QU’ON ATTENTE Á LA VIE DES FEMMES ET DES HOMMES DE CE PAYS. Opter pour la paix impose des révisions déchirantes, en premier lieu le bannissement de la culture de la violence, de la haine, de la vengeance et de la force. C’est aussi cela, la modernité.

Qui dit négociation sous-entend évidemment la fin des diktats, des ordres du jour ficelés à l’avance, des acteurs imposée. Il faut tourner la page des faux « dialogues » et ne pas oublier que la récente « crise présidentielle » marque l’échec de toute une stratégie de normalisation fondée sur la politique du tout sécuritaire et sur des élections truquées. Des truquages sur lesquels la communauté internationale a fermé pudiquement les yeux. Quoi de plus absurde qu’un retour à la case départ après sept de gâchis indescriptible ? C’est la raison pour laquelle la négociation doit porter sur une SORTIE DE CRISE POLITIQUE GLOBALE AVEC UNE PÉRIODE ET DES INSTITUTIONS DE TRANSITION GÉRÉES A PLUSIEURS. L’échéance électorale à venir doit d’inscrire dans cette démarche globale et consensuelle nécessaire à l’amorce d’une dynamique de paix et de réconciliation nationale.

Mais qui dit « réconciliation nationale » sait que celle-ci ne peut exister tant que la peur et la méfiance dominent, tant que chacun n’a pas obtenu de garanties sérieuses. Et il n’est pas d’autres garanties que d’établir enfin dans notre pays un minimum de règles du jeu politique. Faute de quoi la méfiance et la peur continueront à empêcher toute réconciliation nationale. L’ambition première du « contrat national », de l’offre de paix de Rome, était précisément d’offrir des garanties mutuelles à chacun. L’exemple de l’Irlande du Nord nous délivre un message essentiel : la volonté d’arrêter la spirale de violence, de créer une dynamique de réconciliation qui impose d’elle-même les garanties que chacun doit donner aux autres. Et que tous doivent donner à chacun.

Dès lors, l’élection présidentielle ne se pose pas en terme de candidat civil ou militaire, elle se pose en terme de cahdndai-marionnette ou de président réellement élu avec, à terme, un transfert du pouvoir de l’armée vers les civils. Elle se pose en terme d’établissement de règles du jeu et de changement de politique. Notre pays a besoin d’un Etat civil qui ne soit ni sous la tutelle de l’armée ni sous l’emprise de la religion. Mais qui ne soit ni contre l’armée, ni contre l’islam. Car notre pays aura toujours besoin d’une armée forte pour accomplir les missions constitutionnelles qui seront les siennes. Comme il aura besoin de l’islam, l’une des sources de sa spiritualité, aux côtés de l’amazighité, de l’arabité et de la modernité. Les choses doivent être claires : si nous n’accepterons jamais que tamazigh soit instrumentalisé pour dresser les Algériens les uns contre les autres, pour singulariser une région et l’utiliser pour jeter de l’huile sur le feu, nous n’accepterons pas davantage que l’on refuse à des millions d’Algériens le droit à leur culture et à leur langue. Cessons de faire comme si le pluralisme linguistique était un danger alors qu’il est une ouverture sur les autres, une ouverture sur le monde.

Il y a trois ans, la communauté internationale a accepté de cautionner une élection imposée à marche forcée dans un pays en état de guerre. Elle a soutenu le processus de légitimation des institutions lancé avec l’élection présidentielle de 1995. Au nom de la stabilité que lui promettait le pouvoir. Moins de trois ans plus tard, le départ obligé du chef de l’Etat a montré combien cette stabilité était illusoire. Simplement parce que la nature et le fonctionnement même du régime généraient l’instabilité.Pour les partenaires étrangers de l’Algérie, cette stabilité est un objectif stratégique fondamental. Pour nous, Algériens, c’est une nécessité vitale pour reconstruire notre pays. Mais accepter des élections présidentielles dans les mêmes conditions qu’en 1995, c’est se condamner à reproduire les mêmes schémas trompeurs et donc, au bout du compte, les mêmes effets. Cela revient à accepter que les violences s’enracinent définitivement dans notre pays. C’est travailler à la destructuration d’une société déjé exsangue. C’est pousser chaque jour plus de gens au désespoir et à la volonté de quitter le pays.

Aujourd’hui, le ras-le-bol social atteint son paroxysme. Les appels au sit-in se multiplient, les grèves aussi. Le pouvoir répond à sa manière. Par le recours à une main d’oeuvre précaire, donc « docile », par les intimidations à l’encontre des grévistes, l’interdiction des marches et des manifestations. La crainte d’une explosion sociale incontrôlée est partout. Et rioen ne dit que cette perspective ne fait pas l’affaire de certains apprentis sorciers.

Dans cette situation, SEULS UN COMPROMIS HISTORIQUE POUR LA PAIX ET LA RéCONCILIATION NATIONALE METTRONT FIN AU PROCESSUS DE DESTRUCTION DE NOTRE PAYS. Seuls ils permettront de réaliser le consensus politique et social le plus large, avec toutes les forces politiques qui condamnent le recours à la violence, autour d’une issue politique, pacifique et globale à la crise.

C’est cette démarche -ET EN AUCUN CAS DES ALLIANCES DE CIRCONSTANCE ET D’APPAREILS- qui constitue la garantie politique essentielle pour rassembler les énergies démocratiques. Pour permettre un climat favorable à une consultation électorale libre et crédible. Libre et crédible ? On en est loin aujourd’hui. Les mauvaises habitudes ont la vie aussi dure que les tractations de coulisses. Le rapport de la commission parlementaire chargée d’enquêter sur les élections locales de 1997 vient de confirmer que celles-ci ont bien donné lieu à une fraude massive « en faveur d’un seul parti ». Ce rapport établit que… 37 manières de falsifier le scrutin ont été utilisées. Ceux qui étaient chargés de surveiller le déroulement de cette élection nous disent qu’ils ne pouvaient répondre de rien après 22 heures ! Après, nous expliquent-ils sans rure, « d’autres ont signé les PV et transmis les rapports à la partie concernée » ! Voilà donc confirmé dans une belle langue de bois ce que nous savions tous : dans notre pays, le vrai scrutin commence après que les Algériens aient voté.

Et il faudrait retourner aux urnes sans se donner les moyens que la présidentielle ne soit pas un remake de précédents scrutins ? Et il faudrait se contenter de vagues assurances sur le contrôle d’une élection pour laquelle aucun candidat du système ne s’est encore déclaré officielle, mais dont on connaîtrait déjà l’heureux élu ? Nous l’avons toujours dit : la solution, avec les compromis et les garanties qu’elle implique- viendra des Algériens et des Algériens seuls. Sans ingérence étrangère. Mais la communauté internationale a aujourd’hui une responsabilité fondamentale : ne pas cautionner un nouveau fait accompli sans exiger un minimum de transparence du processus annoncé. Une élection qui ne servirait qu’à changer de tête ne réglerait rien. Elle ne ferait que prolonger le statu quo qui détruit notre pays et compromet la démocratisation et donc la stabilité de toute la région.

(…) Il y a plus de trois décennies, notre peuple a montré que la fatalité n’existait pas. Elle n’existe pas davantage aujourd’hui, qui nous contraindrait à choisir un intégrisme nationaliste et intégrisme religieux, entre dictature militaire et dictature théocratique.

SEPT ANS, CA SUFFIT ! OSONS UN AVENIR DEMOCRATIQUE. OSONS L’ALGERIE DE LA LIBERTE ET DU RESPECT MUTUEL. Laissons à notre jeunesse les moyens de s’accomplir. C’est à elle qu’il revient de bâtir le Maghreb du troisième millénaire.