Chers amis, chers camarades, bonjour

Un des cadres syndicaux, le regretté Redouane Osmane, avait déclaré un jour, lorsque les syndicats autonomes ont subi un embargo, et n’ont trouvé pour accueil que le siège du FFS, sans condition préalable, a dit qu’il venait d’attérir sur un espace parmi les espaces démocratiques. Chers amis, chers camarades, bienvenue à vous dans cet espace de la démocratie, bienvenue à vous au siège du Front des Forces Socialistes.

Le thème de notre Journée “ Libertés syndicales et Droits humains” n’a pas été choisi au hasard. Il l’a été parce que ces libertés et ces droits sont violés dans notre pays au quotidien et de façon systématique. Le jour choisi pour cette rencontre, le 7 avril, n’est pas non plus fortuit. Pour le FFS, c’est une date mémorable, baptisée journée du militant, date de l’assassinat commandité par le régime, de notre camarade Ali Mecili compagnon de notre feu Président HAA et comme chaque année, nous rendons hommage, ce jour, à ce grand homme qui symbolise pour nous le combat pour les libertés et les droits humains afin que nul n’oublie son sacrifice pour une Algérie Libre. Nous vous invitons à observer une minute de silence à sa mémoire.

Comme vous le savez, les droits humains- économiques, sociaux, culturels, civils et politiques, droits universels- doivent être reconnus par l’ensemble des Etats.  Les libertés syndicales reconnues comme droits fondamentaux pour les travailleurs par l’Organisation Internationale du Travail, sont partie intégrante des droits humains.

Ces libertés syndicales s’inscrivent dans la cadre plus large des libertés publiques : liberté de la personne, liberté d’association, liberté d’expression, libertés économiques. Ces libertés qui sont le fondement de l’Etat de droit et de la démocratie, sont bafouées dans de nombreux pays et l’Algérie ne fait pas exception.

Qu’on en juge !

Un Algérien qui a la chance d’avoir un travail, formel ou informel, est pénalisé à triple titre en tant que travailleur, en tant que consommateur et en tant que citoyen. En tant que travailleur, affilié à un syndicat ou non, il subit la précarité de l’emploi, un salaire érodé par l’inflation des prix et la baisse du dinar, un niveau et un âge de retraite en recul. En tant que consommateur, la loi de finances qui a introduit de nouvelles taxes sur les biens et services de base a érodé le budget alimentaire de sa famille, alourdi les charges de son logement et de son transport. Pire encore, la perspective de réduire les subventions des produits de première nécessité, aggraverait cette situation. En tant que citoyen, il assiste impuissant à la détérioration continue des services publics, voire leur remise en cause, et à la privatisation annoncée, sous couvert d’un partenariat public privé, d’activités du secteur public.

Qui peut défendre le monde du travail ainsi confronté à une crise sociale sans précédent sinon les syndicats autonomes en premier lieu.

Pour l’occasion, le FFS salue la résistance des syndicats autonomes devant toute sorte de répression, administrative, policière et judiciaire. Le FFS se solidarise et salue tous les syndicats autonomes, les étudiants et les collectifs qui ont prouvé une prise de conscience pour le changement.

Mais le régime se refuse à dialoguer sérieusement avec ces forces réellement représentatives des travailleurs. Comme tout régime autoritaire, tout contre-pouvoir qui lui résiste, il le détruit. Mais c’est une vision à courte vue.

Notre Président Hocine Ait Ahmed allah y rahmou déclarait lors des débats de l’Assemblée Nationale Constituante en 1963 : “Détruire le mouvement syndical est un crime contre les travailleurs et contre le patrimoine politique et social du pays”. Il n’avait pas cessé depuis lors de dénoncer la domestication de l’UGTA au service du pouvoir et non des travailleurs, et la non reconnaissance des syndicats autonomes par ce même pouvoir qui mène des actions multiformes pour les neutraliser.

Lorsqu’un pays vit des situations répétées de grèves, de manifestations de rue, de non-respect des autorités et des institutions, autant d’expressions d’un mécontentement des citoyens, il devient de plus en plus difficile par la seule répression d’endiguer leur généralisation. La contestation sociale se propage inévitablement et, si rien n’est fait pour y remédier, prend une dimension politique dès lors qu’elle touche tous les segments de la société et toutes les régions du pays. Il arrive alors le moment fatidique où ni  la force, ni l’argent, ne pourront contrer ces mouvements et leur convergence, pour aboutir à un renversement plus ou moins violent de l’ordre établi. L’expérience dans le monde a montré qu’un régime non démocratiquement élu avec un Etat non respectueux des droits politiques, économiques, sociaux et culturels de son peuple, est condamné à plus ou moins brève échéance.

S’agissant de notre pays, il est à craindre que le reniement par le régime de l’Etat social pour tous- que l’Algérie post indépendance  se devait d’instaurer conformément aux idéaux de la Révolution du 1er Novembre et au programme de la Plateforme de la Soummam- , et son choix d’adopter une voie libérale avec la caution d’intérêts étrangers et de privés nationaux pour le bénéfice de quelques privilégiés du système, n’entrainent un cycle de violence/répression. Le risque est qu’un tel scénario ne débouche non pas sur la fin de ce régime et un changement de son système de gouvernance mais sur une reprise autoritaire accentuée du pouvoir reportant sine die l’instauration d’un Etat de droit démocratique.  Il y’a donc tout intérêt à anticiper cette perspective en continuant à lutter pacifiquement malgré les provocations, les blocages et les campagnes de dénigrement visant à dénaturer aux yeux des citoyens votre noble combat.

Que faire donc ?

Au FFS, nous considérons que la crise est multidimensionnelle,  politique, économique, sociale, culturelle et environnementale et, de ce fait, nécessite une approche globale. Le projet de consensus national offre un cadre approprié pour une approche systémique.

Le constat montre en effet qu’au plan politique, il y’ a un problème de légitimité des institutions qui ne date pas d’aujourd’hui. Le peuple algérien post indépendance n’a pas exercé librement son droit à l’autodétermination. Les élections n’ont jamais permis l’émergence d’institutions réellement démocratiques représentatives de la population.

Sur le plan économique, le pays ne parvient pas encore à amorcer un décollage, étant tiré vers le bas par sa dépendance aux hydrocarbures en baisse sur le plan des réserves et des prix. S’en remettre au secteur privé étranger pour assurer son développement n’est pas la solution car constitue une hypothèque pour son indépendance et à terme pour sa souveraineté.

Sur le plan social, le pays ne dispose plus de ressources suffisantes pour assurer un niveau de vie décent à une population croissante et une protection sociale des plus démunis. Révélateurs de cette situation, l’état dégradé des secteurs de la santé et de l’éducation ne répondant plus aux besoins de la population et sans perspective de redressement effectif.

Au FFS, nous considérons également que la crise touche toutes les catégories de la population et toutes les régions du pays et, de ce fait,  nécessite la contribution de tous les acteurs politiques et ceux de la société civile. C’est pour cette raison que le projet de reconstruction d’un consensus national se veut  inclusif, avec la participation des formations politiques du pouvoir et de l’opposition, des organisations non gouvernementales et d’autres acteurs de la société civile.

Au FFS, nous considérons enfin que la crise sociale a pour cause première le statu quo politique . De ce fait Le dialogue social mené par le gouvernement, sans l’engagement des acteurs politiques et sociaux représentatifs, a ses limites car  superficiel, partial et partiel. Ne s’attaquant pas aux causes du mal social dont les racines sont politiques et économiques, ces dialogues ne peuvent aboutir à des solutions durables.

Le projet de reconstruction d’un consensus national , lui, offre un cadre approprié pour un traitement systémique de la question sociale, intimement liée à la politique et à l’économie.

Pour toutes ces raisons, le dialogue social à lui seul ne permet pas de normaliser la situation car les causes de l’instabilité sont certes économiques et sociales mais avant tout politiques.

Chers camarades, chers amis,

Le FFS milite pour LE DROIT D’AVOIR DES DROITS, cela a toujours été la devise de notre regretté Hocine AIT AHMED.

Cet objectif est toujours au cœur de notre action politique, de notre combat sans fin contre les violations des droits de l’homme dans notre pays, de notre combat contre la confiscation par le pouvoir des libertés individuelles et collectives, de notre combat pour le recouvrement de nos droits économiques et sociaux.

Notre action sera constante et sans faille pour arracher les libertés syndicales spoliées par des organisations étatiques à la solde des tenants du pouvoir.

Nous continuerons à agir pour l’ouverture du champ politique, médiatique et associatif gangrené par la multiplication de groupuscules téléguidés par le pouvoir qui poussent à la pollution du débat politique et la démission d’une partie des élites de la société.

Nous continuerons à agir et à conjuguer nos efforts avec les acteurs autonomes politiques, économiques et sociaux en vue de l’ouverture d’un véritable débat démocratique.

Nous continuerons à œuvrer inlassablement pour créer les conditions nécessaires à la reconstruction du consensus national.

Chers camarades, chers amis,

Vous aurez à débattre de ces questions dans les deux panels qui vont suivre cette introduction. Vos analyses et vos conclusions nous seront très utiles pour enrichir notre projet de reconstruction d’un consensus national. Par ailleurs, nous continuerons avec la même détermination à relayer vos revendications au niveau politique, à travers nos élus au niveau des assemblées locales et au niveau de l’Assemblée Nationale.

Feu Ali Mecili, disait :

« Il faut que nous continuions chacun de son côté,  à poursuivre notre action avec nos propres programmes politiques, nos propres idéologies, tout en ayant un même et seul objectif qui est l’instauration dans notre pays d’un authentique régime démocratique. Toutefois, je dois dire que le chemin est encore long qu’il passera par différentes étapes ».

L’avènement de la deuxième république est la vraie alternative pour asseoir la sécurité et la stabilité du pays, l’unité et la cohésion nationale seront assurés.

Je vous remercie