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Guerre du Golfe : « Voici comment faire taire les armes », 1989

« Voici comment faire taire les armes »

– N’est-il pas trop tôt -ou trop tard- pour proposer un plan de paix?

-Parler d’un plan précis pour mettre fin aux combats relèverait en effet de l’utopie ou de la préemption. Les enjeux de cette guerre sont énormes et le « climat » de l’affrontement est exacerbé par les fantasmes des « spécialistes » et l’hystérie des foules. De plus, les mécanismes de l’aveuglement sont déjà déployés, en première ligne, à l’exemple de ces divisions blindées qui, dans un camp comme dans l’autre, semblent trop engagées pour pouvoir rebrousser le chemin. Comment de surcroît, ne pas en prendre compte ces nombreux autres acteurs, qui poussent à l’escalade avec le sang des autres, dans l’espoir d’engranger les résultats du carnage? La meilleure approche de la paix n’est-elle pas de convaincre les belligérants des conséquences désastreuses de cette guerre? Car les risques, on les connaît: conflit de civilisations, entraînant un affrontement entre riches et pauvres, embrasement généralisé au Proche et au Moyen-Orient, suivi d’une formidable récession économique mondiale. Et finalement, des ruptures en chaînes irréversibles. Dès lors qu’aujourd’hui l’euphorie d’un war game fait place au réalisme et à la perception des mille et une conséquences de ce conflit, il est permis d’entrevoir une véritable initiative de paix. Qui serait prise par un groupe de pays représentatifs dans la communauté internationale.

– Soyez plus précis…

– On peut, par exemple, imaginer que la France, l’Allemagne, l’Algérie, la Tunisie, l’URSS, la Chine, l’Inde, le Mexique et le Brésil prendraient l’initiative:

1.de décider une trêve de quelques semaines jusqu’à la fin de ramadan, par respect du monde musulman,

2.de faire des pressions sur l’Irak pour qu’il se retire du Koweit;

3.d’exercer une vigilance à l’ONU pour l’application totale du droit, notamment à propos de la fixation d’une date pour la Conférence internationale sur le Moyen-Orient et notamment sur la Palestine,

4.Et à cet effet, d’appeler à une session spéciale de l’assemblée générale des Nations unis en vue d’ouvrir de larges débats et de parvenir à une résolution de règlement global, à l’instar de la résolution dite « Union pour la paix », adoptée par l’assemblée générale à l’occasion du conflit coréen. Cette résolution sera l’émanation de l’ensemble de la communauté internationale. Une manière d’employer le levier de la légalité internationale pour rappeler aux Etats-Unis que le mandat dont se prévalent pour jouer aux gendarmes dans le Golfe est non seulement vicié par la précipitation et par leurs pressions sur les membres du conseil de sécurité, mais que ce directoire, s’il dispose d’une certaine légitimité historique n’a pas de légitimité démocratique.

 – L’ONU peut-elle encore jouer un rôle?

– Pour mettre fin à l’intransigeance américaine, il faudrait que se constitue un comité d’état-major des forces de l’ONU. La Charte des Nations unies leur fait obligation de superviser les opérations menées en son nom par un comité d’état-major. La création de cette institution aurait certainement empêché les Etats-Unis de donner aux opérations militaires d’autres buts de guerre. L’intervention dans le Golfe était conçue pour libérer le Koweit et non détruire les forces économiques et militaires de l’Irak. « Vous parlez de droit, alors appliquez-le vous même d’abord ». Tel est le langage à tenir aux responsables américains. Quant aux responsables irakiens, pour les amener à évoquer le Koweit il convient de leur enlever l' »argument Palestine ». « Vous voulez la justice? Voilà ce que nous avons décidé pour la Palestine! Alors appliquez la même chose de votre côté. Rendez justice à la souverainete koweitienne ».

Propos recueillis par François Soudan
Jeune Afrique