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Lettre de Hocine Aït-Ahmed à Mohamed Boudiaf (Octobre 1964)

Cher Mohamed,

Je t’ai griffoné quelques mots pour te demander de surseoir à toute initiative de nature à accentuer l’équivoque et à freiner par contrecoup le regroupement sur des bases saines de toutes les forces saines du pays.

En ce moment, le plus (xxx) des hordes néo-fascistes est dirigé sur la Kabylie; 900 nouveaux postes avancés viennent d’être installés, opérations sur opérations sont montées avec une sauvagerie Inouïe: les véhicules civils sont réquisitionnés 20 jours par mois, qui permettent à l’ANP de transporter ses bataillons rapidement d’un secteur à un autre.

C’est à plein ratissage que je t’ai donc demandé de ne pas aggraver la situation.

Je propose que tu reviennes et que nous tenions, Si Sadeq, Hassani, Toi, un responsable dûment mandaté où tous les problèmes posés par la lutte antifasciste et par le regroupement seront réglés dans la discussion fraternelle et la confrontation directe des points de vue. Ce sera la réunion Constitutive du mouvement dont, ensemble, nous définirons les buts principaux et les bases organiques notamment: Cartel avec autonomie, mais dans un cadre défini en commun, ou bien fusion pure et simple.

En tout cas, après la réunion, la voie sera plus claire; les militants seront consciemment engagés. Plus de fait accompli ni de décisions unilatérales. La direction provisoire pourra alors te mandater pour créer un journal (xxx).

La ligne du journal doit être au préalable définie d’un commun accord.

Mais il y a plus urgent: L’unification de la lutte. Il ne faut pas que le comité soit une fiction. Tu n’ignores pas que l’Ex-Wilaya 6 ne se sent pas engagée du tout à nos côtés et n’a jamais reconnu le CNDR pour la simple raison qu’il n’y a pas eu consultation et qu’il y a eu des divergences sur «l’utilisation du potentiel de la 6». «Le Haut Commandement de la W.6» n’a pas cessé de se réclamer du FLN dans les quelques tracts où elle se déclare pour «le socialisme arabe et islamique».

Plus Grave encore ! Le Haut Commandement pratique l’attente, «le wait and see» et pèle par conséquent des troupes bien armées dont l’action n’avait jamais permis aux bourreaux de se concentrer sur la Kabylie (et Djidjelli de temps en temps).

Nos militants doutent de la sincérité et de l’efficacité de l’Union. Ils se posent des questions et c’est pour cela que c’est grave. Chaque jour apporte son lot de malheurs, nos camarades tombent, nous avons pour devoir de clarifier cette situation. S’ériger en direction révolutionnaire c’est diriger d’une façon effective et permanente. Les directions-couvertures, les comités-alibi ne peuvent que préparer des crises futures sans régler les problèmes du présent.

Si tu ne peux pas venir. Tu mandates quelqu’un………………. et nous pouvons très bien faire en une semaine tout le travail.

Pour ce qui est du FFS, engagé dans une Lutte implacable depuis janvier, et dont le sigle a une résonance nationale en raison de ses assises populaires, il n’entreprendra rien qui puisse ralentir ou gêner le processus de regroupement. Il continuera à développer le combat pour le redressement de la révolution. Il vengera ses centaines de martyrs et surtout il continuera à poser à l’opinion algérienne sans démagogie mais sans paternalisme les problèmes d’aujourd’hui et les problèmes de demain. Notre base militante sera associée à ce débat. Nous ne laissons pas les militants dans l’ignorance des problèmes et de leurs développements…jusqu’au jour où ils recevront une tuile sur la tête et où ils s’en prendront alors à leurs responsables qui les auraient trahi et dupé.

Nous ne voulons pas être des boucs émissaires et nous ne voulons pas être accusés de comportements « Personnels ».

Cher Mohamed, nos militants ne se laissent plus mener; j’espère que tu assisteras un jour prochain à cette atmosphère d’ardeur révolutionnaire. C’est là un grand acquis, quand on voit en face ce troupeau bêtart guidés par des chiens policiers bâtards.

Personnellement, j’ai eu beaucoup de difficultés après lecture par les militants de l’appel du frère Hassani. Pourtant, dans ma lettre à ce dernier datée du 22 juin, mon souci était de le convaincre d’agir avant le 1er juillet et de le prévenir contre les surprises policières. Il fallait agir d’abord, d’autant qu’il pouvait faire tomber Constantine…je lui fixai rendez-vous à Bougie pour discuter. Que s’est-il passé ? Boumedienne vous a pris de court.

Mais la discussion reste ouverte ?

Je termine en te disant (ce que j’ai dit à Ben Bella le 1er nov dernier pour lui arracher les concessions sur les modalités démocratiques du congrès) je ne veux plus assumer de responsabilités à l’échelon national et je m’engage par ce mot  à me retirer de tout rôle de 1er plan. Je combats pour la liberté et j’espère pouvoir mériter la mienne. Fraternellement; Hocine.

N.B:  (xxx) remplacent les mots qui n’ont pas pu être lus dans la lettre manuscrite.