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La maîtrise du droit de développement (04 Septembre 1980 )

L’Assemblée générale des Nations Unies, réunie en session extraordinaire, doit lancer la troisième décennie du développement 1980/1990. Ces débats porteront sur l’élaboration d’une stratégie de développement, sur la reprise du dialogue Nord-Sud et la mise au point de « Négociations globales » à l’effet de définir le nouvel ordre économique international. Que peut-on attendre de cette session ? Autrefois, les symptômes de catastrophe n’étaient perceptibles et inquiétants qu’à la veille ou le jour de celle-ci. Aujourd’hui, l’illusion n’a pas d’excuse: outre les angoisses millénaristes, prévisionnistes, futuristes, clubs, conférences gouvernementales et non gouvernementales ne cessent d’avertir contre les apocalypses, dont les crises économiques, démographiques et militaires sont porteuses.

Et puis, il y a l’expérience des déboires enregistrés par les innombrables conférences, dont les plus récentes, la CCEI (Conférence de coopération économique internationale ) de juin 1977 à Paris, de la CNUCED à Manille, en mai 1979, la Conférence de l’ONUDI, janvier 1980 à New Delhi. Plus éclairant est l’échec des deux décennies de développement précédentes: 1960-1970, 1970-1980. Qu’est-il résulté de la dernière décennie qui a pourtant lié l’aide au développement, aux dividendes susceptibles d’être dégagés par le désarmement?

Au niveau des relations Est-Ouest: une générosité titanesque qui a poussé les dépenses militaires à plus d’un milliard de dollars par jour aggravant ainsi l’oppression politique, économique ou culturelle des travailleurs dans les pays développés. Tant dis que la paupérisation et la courses aux armements conjuguent leurs effets désastreux sur les peuples du tiers monde.

En plus des famines, les guerres deviennent l’apanage des pays sous-développés, conséquences de l’équilibre de la terreur et charriant sous nos yeux quotidiennement à coups d’invasions, de massacres, en Amérique latine, en Afrique, en Asie, les déséquilibres de la terreur dans le tiers monde, les mécanismes de militarisation planétaire ne font que renforcer les structures d’exploitation économique et de discrimination culturelle.

Quelle stratégie ?

Dès lors, quelle stratégie de développement peut faire fi de cette pyramide de domination qui est devenue le nouvel ordre mondial issu de la deuxième guerre ?

Quel étrange aveuglement paralyse les gouvernements du tiers monde dès qu’il ne s’agit plus de prendre ou de garder le pouvoir et que l’enjeu est la survie ou le bonheur de leur peuple ! Comment ne pas voir que le nouvel ordre économique mondial qu’il préconise, si légitime dans ses revendications est voué à l’échec par les régimes de dictature qui dépossèdent leurs citoyens de leurs droits à l’autodétermination et qui ne fait que conforter ce nouvel ordre mondial fabriqué par les superpuissances.

La seule espérance réside dans la mise en perspective du développement, dans la vision réunificatrice des droits de l’homme, de tous les droits de l’homme, civils, politiques, économiques et culturels. Où qu’ils soient, les femmes et les hommes doivent se battre pacifiquement pour redevenir propriétaires de leur droit au développement. Tant il est évident que la lutte pour la démocratisation de l’ordre international et de l’ordre interne doit aller indiscutablement de pair. On disait autrefois que la guerre était la belote des rois, faut-il que l’apocalypse sorte d’un poker de présidents pour que les hommes et les femmes se mobilisent pour imposer leur participation aux institutions nationales et internationales.

Pour soutenir cette alternative démocratique à un nouvel ordre devenu caduc par la perversion de la décolonisation, la création d’un organisme non gouvernemental permanent s’impose: un conseil des droits de l’homme qui doit proclamer la décennie 1980-1990, décennie des droits de l’homme.

C’est dans cette dynamique qu’une véritable stratégie de développement peut s’élaborer et d’abord par l’application et le respect des innombrables conventions et résolutions votées par les Nations Unies.

Hocine Ait-Ahmed
24H,le 04/09/1980