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Message de Hocine Aït-Ahmed à l’ocasion de la célébration du Congrés de la Soummam, 20 août 2003

Aux femmes et aux hommes libres rassemblés pour l’Algérie,

Essalam âlaykoum wa rahmat Allah wa barakatou !

Ayen iw nuznegh: di durar isirmen ara-d yezden garawen  tagmats n’tmeddit du laqrar ad soukesen tafat di Tlam Utelhis.

De toute évidence le Congrès de la Soummam, comme tout ce qui est grandiose transcende la conjoncture historique qui l’a vu naître pour devenir un événement d’une portée nationale et internationale INCOMPARABLE.

Autant dire que la solennité qui nous réunit aujourd’hui n’est pas une simple commémoration; cela d’ailleurs n’a jamais été le cas depuis près d’un demi-siècle (20 août 1956 ­20 août 2003).

En effet, chaque année, des Algériens et Algériennes en provenance de diverses régions du pays, viennent à Ighzer Amoqrane communier dans l’hommage aux décisions historiques de leurs aînés.

Ils doivent sans doute obéir à certaines exigences morales et politiques:

Préserver en premier lieu ce qu’il y a de plus vrai, de plus positif et de plus fondamental dans une culture politique qui a quand même ­ cahin caha – réussi à conduire vers la victoire la lutte de notre peuple pour recouvrer son droit à l’autodétermination et à l’indépendance.

Témoigner en deuxième lieu des idéaux démocratiques et du principe de  » la primauté du politique sur le militaire  » proclamés par le Congrès de la Soummam. Et ce, quelque soit l’avenir de leur  témoignage ainsi que sa portée sur la société; certes, celle-ci n’avait pas oublié les promesses « d’une république démocratique et sociale « , proclamée le PREMIER NOVEMBRE 1954;  sauf, ne l’oublions pas, qu’elle venait de passer, – quasiment sans transition -, d’une domination coloniale à un système d’oppression d’autant plus redoutable qu’il n’est pas d’origine étrangère et qu’au surplus, il se prévaut  d’une légitimité et d’un patriotisme pris en otage par la  » famille révolutionnaire « .

Recueillir dans cette vallée historique les enseignements emmagasinés dans les archives de la mémoire collective, en vue de les faire passer aux vagues montantes de notre jeunesse. Car cet énorme capital de réflexes politiques et d’expériences fussent-elles précieuses ou atroces à l’exemple des exécutions dans les maquis, sans procès mais sous torture de centaines de jeunes lycéens patriotes  » donnés  » comme des traîtres par les services de l’armée coloniale; un patrimoine qui  continue à se transmettre oralement mais qui ne s’écrit pas risquait de disparaître à la longue et d’occasionner ainsi une brisure irréparable entre les générations.

Chers compatriotes,

Si cette fracture entre les jeunes générations de l’Algérie profonde n’a pas eu lieu, ce n’est pas faute pour le cabinet noir de n’avoir pas fait de la prédation politique une véritable stratégie destinée à pérenniser sa main mise sur le pays, sur ses richesses et sur le destin d’une nation au passé glorieux. La confiscation, l’instrumentalisation, la falsification et la manipulation de la mémoire historique illustrent  clairement le caractère délibéré, planifié et totalitaire d’une volonté éradicatrice de toute forme de lutte politique non violente et de toute avancée démocratique.

Pour notre jeunesse, c’est une arrogance insupportable de se voir dépossédée de son passé et des significations qu’elle lui accordait. La traque organisée de la vérité, l’effacement des traces qui rappellent l’extraordinaire mobilisation des femmes et des hommes libres de tous âges. Cet invraisemblable détournement de sens du combat libérateur, refuge ultime de la mémoire et de l’identité nationales s’est aussi effectué en plein jour et à ciel ouvert. Y compris dans la frénésie des commémorations patriotiques présidées par des démagogues rentiers de leur passé.

Oui ! la dictature a mené pendant près de quarante ans une politique de déculturation, de dépolitisation voire de déstabilisation mentale des Algériennes et des Algériens afin de rendre impossible toute pensée et toute action logiques. Par contre elle a donné toutes ses chances à l’inculture politique, à la culture du mensonge de la manipulation et de la violence. Certains cercles du pouvoir s’évertuent encore à rendre irréversible la politique de la kalashnikov et des dobermans.

Chers amis,

Qu’a-t-on fait de notre pays, de notre société, de notre jeunesse ?

Je ne vous apprend rien. Vous qui vivez chaque jour les épisodes dramatiques et burlesques d’une hallucinante déliquescence dans tous les domaines. Je n’ai pas le moindre doute que votre réflexion  et vos analyses, à Ighzer Amoqrane, n’attribueront pas à la fatalité ou à je ne sais quelle malédiction les malheurs, l’extrême détresse sociale, jusqu’à la réapparition de la peste dans notre pays, un fléau pourtant éradiqué dans le monde depuis des siècles. Le règne d’un nihilisme destructeur voilà l’une des racines du mal qui vouent l’Algérie au chaos, à la division et à l’autodestruction. Pourtant les « amis » et les partenaires de l’Algérie continuent à faire confiance à la peste brune pour éradiquer la peste noire.

Jamais notre pays n’a connu une impasse aussi désespérante. Les clans du pouvoir se donnent honteusement en spectacle, pour imposer un candidat aux présidentielles. Ainsi la seule issue pour une guerre qui dévore les Algériens et dévaste l’Algérie serait le choix d’une perruque à un semblant  d’ » Etat « .

Etrange attirance du vide d’Etat, où une société en plein désarroi retourne à ce qui l’a fondé et uni le 20 août 1956. Faire revivre le congrès de la Soummam c’est ouvrir la voie à l’espoir et redonner à la nation algérienne confiance en elle-même. Le miracle qui a pu s’accomplir en pleine guerre de reconquête coloniale, est, aujourd’hui à la portée des Algériens et Algériennes. Deux hommes, Ben M’hidi Larbi et Abbane Ramdane ont réussi les premières assises de la  » révolution « , parce qu’ils ont su réussir la préparation de ces assises.

C’était une entreprise de titans pour qui se rappelle les querelles de personnes, les problèmes entre willayas et les rivalités qui opposaient les dirigeants des différentes formations politiques invitées à ce congrès. Cet anniversaire est là pour nous rappeler que notre nation a vécu de grandes choses dans son histoire. Elle est montée si haut dans l’affection et l’estime des peuples et des hommes libres du Monde en Tiers. Pourquoi est-elle descendue si bas? Probablement aussi parce que la diplomatie totalitaire à réussi à tromper ces derniers et à les retourner contre les aspirations profondes de cette nation, au nom de la lutte contre le terrorisme intégriste.

Une chose est sûre: quoiqu’on fasse pour brouiller les cartes, jusqu’à oser comparer  » une plate-forme cocotte-minute  » au Congrès de la Soummam, celui-ci est un des évènements qui se sont inscrits profondément dans l’identité de notre pays.

Il convient de préciser, que ce congrès n’est pas né de nulle part, ex-nihilo, Son mérite majeur est d’avoir réhabilité la nature politique et contractuelle de notre combat national depuis des décennies.

Le congrès de la Soummam appartiendrait-il, pour autant à l’histoire ancienne ? Bien au contraire, son défi exemplaire à la fatalité s’impose plus que jamais au présent puisqu’il peut constituer l’une des clefs pour un avenir de justice de liberté et de réconciliation.

Je ne saurai assez répéter que la négation au peuple algérien de son droit à l’autodétermination est l’élément fondateur non pas d’une république démocratique et sociale mais au contraire d’un simulacre de république où il n’y a quasiment rien de public.

La fondation de la deuxième république apparaît ainsi comme l’unique perspective de sortie de crise; j’ajouterai que cette initiative révolutionnaire – au sens qualitatif de terme ­ est loin d’être une utopie, pour peu que ceux qui détiennent la réalité du pouvoir acceptent de renoncer aux fausses solutions notamment à la perversion du suffrage universel. La seule manière de se réconcilier avec ce principe électoral sans lequel il n’y aurait pas eu de civilisation est de restituer aux Algériens individuellement et collectivement les libertés et les droits qui leur permettent d’élire en toute souveraineté une Assemblée Nationale Constituante.

Seule une constitution peut permettre l’établissement de l’Etat de droit. Faute de quoi l’exercice de la puissance publique continuerait à être illégitime, la justice continuerait à ne pas être indépendante équitable et unanimement respectée, et la loi devant commencer à s’appliquer à tous les citoyens sans exception, ne sera pas le lieu géométrique d’une alternative démocratique.

La balle est aussi et surtout dans le camp des vrais démocrates et la société civile. Refuser le refus du pouvoir d’une solution globale politique et pacifique est un préalable qui interpelle la responsabilité de chaque algérien et Algérienne.

Que revivent les Algériens en citoyens et citoyennes à part entière, libres, heureux et fraternels.