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Les pays musulmans, l’Islam et l’intégrisme des droits de l’homme ( 22 Fevrier 1980 )

« Allah est grand ! Le Pétrole est plus grand! « . Ecrit par un musulman croyant, ce livre, paru après la Première Guerre mondiale a marqué la réflexion de nombreux militants de la décolonisation. Titre provocateur ! mais c’est une leçon de choses sur la logique coloniale et les rivalités impériales russo-britanniques notamment illustrées par la ruée vers l’or noir, elle s’attachait surtout à souligner « la faillite morale de l’Occident  » (1) qui avait introduit le règne de la force brutale dans les relations internationales et qui fondait sa prospérité sur la domination et les tentatives d’asphyxie des civilisations islamiques.

Plus que les défaites à Poitiers, à Vienne, les croisades succédant où précédant les guerres saintes, ce sont les premières décades du XXe siècle qui marqueront le regard de l’Islam sur l’Occident et qui scelleront l’âge d’une décadence qui se poursuit depuis six siècles.

Guillaume II se proclamant protecteur des musulmans de Chine en 1908, Mussolini jouant entre les deux guerres au tuteur de l’Islam en Afrique, Staline allant à sa manière spiritualiser l’annexion des nations musulmanes transcaucasiennes par les tsars de Russie en postulant que cette annexion a objectivement élargi la patrie du socialisme.

Ces épisodes ont marqué profondément l’opinion islamique, il n’est pas étonnant que le rejet de toute forme d’inféodation et de tutelle étrangères y ait prédominé tout au long de la décolonisation dont la religion musulmane fut ferment mobilisateur.

Le souffle de Bandung a exprimé cette volonté des peuples de sauvegarder leur indépendance politique coûte que coûte contre les rêves hégémoniques des grandes puissances.

Sept cent millions de musulmans

Qu’en est-il de cette aspiration profonde des peuples ? Quels rôle occupe l’islam dans l’échiquier international ?

Il y a en effet sept cent millions de musulmans dans le monde, un homme sur six dans un vaste ensemble qui, du Maroc à l’Indonésie, dessine un arc d’une importance géostratégique capital, et qui, de plus, recèle plus de la moitié des réserves d’or noir. Les cinq plus grands exportateurs de pétrole sont en effet musulman, l’OPEP est en majorité islamique, à l’exception du Gabon, du Venezuela, de l’Equateur et du Nigéria ( cette dernière à prédominance islamique ).

Paradoxalement, ce ne sont pas ces formidables atouts qui font croire à une force cohérente et déterminante du monde musulman, c’est l’actualité quotidienne.

Les événements du Sahara occidental, de Gasfa en Tunisie, du Moyen-Orient, de l’occupation de la Grande Mosquée, à la Mecque, d’Iran, d’Afhganistan, etc. Crises intérieures, s’entremêlant à des conflits interétatiques manipulés par les grandes puissances. La conférence d’Islamabad, qui a réuni quarante-deux états musulmans a certainement fait illusion. Chacun sait que la condamnation de l’intervention soviétique en Afhganistan ne s’inscrit pas dans le cadre d’une stratégie de non-alignement. Les gouvernements s’y sont mis d’accord pour ne pas être d’accord en réalité, car après les embrassades officielles, chacun vaguera plus ou moins subtilement au soin de mettre son pays sous orbite.

Car, que reste-t-il des idéaux de libération animés par l’Islam ? Aucun pays musulman ne vit en démocratie, aucun musulman n’est à l’abri du terrorisme ou de l’arbitraire policier ! Les fléaux de la faim, de la maladie et du déracinement culturel continuent de faire des ravages dans l’humanité islamique, qui avaient pu être juguler grâce aux richesses pétrolières avec un degré minimal de conscience de solidarité et de capacité de gestion.

L’absolutisation du pouvoir politique a transformé les potentialités en catastrophe. Le pétrole a détruit l’agriculture au profit du béton et construit des machines de guerre contre les peuples.

Le parti est plus grand »

Dieu est grand, le parti est plus grand « , serait-on tenté d’écrire aujourd’hui quand on sait que les partis uniques de droite ou de gauche ont bloqué la dialectique populaire de l’Islam dans l’intégrisme de droite et de gauche. Deux concepts fictifs dont le résultat pratique évident est l’installation du colonialisme intérieur au bénéfice de catégories féodales soutenues par des puissances hégémoniques.

L’Iran peut-il échapper à cette dialectique ? Oui ! si les masses populaire dans leurs différences culturelles s’engagent sur la voie de l’intégrisme des droits de l’homme.

C’est la seule voie ( il n’y en a pas de troisième ) qui sont conforme au « totalisme » libérateur de l’islam, hostile à la dissolution des droits civils politiques, économiques et culturel, la seule voie susceptible de contribuer à la construction d’une alternative mondiale, aux totalitarismes à la guerre civile généralisée et à l’anéantissement nucléaire.

Hocine Ait-Ahmed
24H, le 22/02/1980

(1) Autre livre de la même époque écrit par un autre intellectuel musulman.