Notre mandature rentrera dans l’histoire du pays comme celle où une même majorité de gouvernement, dite présidentielle, aura voté à quelques semaines d’intervalle Deux Plans d’action de deux gouvernements différents sans se sentir aucunement redevable d’une explication.

Et ceci alors même que le 1er de ces gouvernements prétendait lutter contre le mariage de l’Argent et de la Politique et accusait un Patron de dilapidation de l’argent public et que le deuxième se rend chez ce même patron pour annoncer que désormais c’est au Patronat privé de conduire l’économie nationale !

Pour faire comme nombre de mes collègues ici présents, et ceci sans sortir de l’ordre du jour, je vais parler de ma Wilaya Béjaïa. Elle s’est illustrée par un bras de fer qui oppose depuis des mois un entrepreneur privé et un entrepreneur public   sans qu’à aucun moment les responsables à la tête des diverses institutions concernées par ce bras de fer ne se sentent investies de la responsabilité de mettre autour d’une table l’entrepreneur privé et l’entrepreneur public pour trouver une solution à cette crise nuisible pour tous.

Au lieu de quoi c’est à la rue qu’il est fait régulièrement appel pour trancher un différend sur lequel les institutions font silence.

Ce silence institutionnel, ce sentiment de n’avoir aucun compte à rendre de l’usage que l’on fait de son mandat, de sa fonction, des lois de la république, des deniers de l’Etat, du devenir de notre économie, de notre pays, des générations futures…Ce silence est au cœur de la crise nationale car il dit la nature de la gouvernance et l’esprit avec lequel le pays est géré.

Nous sommes, au FFS,   convaincus que l’on ne peut discuter un projet de loi de finances censé sortir le pays de la crise sans   discuter les conditions qui entourent sa mise en œuvre. Nous ne pouvons pas faire une lecture purement comptable et budgétaire de ce Projet de loi de Finance.

Qui dit loi, dit Esprit de la loi. Et l’esprit de ce projet de loi peut-être résumé en un mot : Faiblesse ! Une faiblesse structurelle de la gouvernance nationale qui, depuis des décennies la conduit à aller vers les solutions qui lui semblent les plus faciles mais qui sont les plus coûteuses pour le pays et pour le peuple, pour l’économie et son décollage attendu depuis des décennies, pour la société et le fonctionnement apaisé de la vie institutionnelle et publique.

Une économie, un peuple, une société et une vie publique qui ne peuvent mobiliser leurs forces et les mettre au service du développement du pays que si d’abord la confiance est rétablie.

Or, ni le mode de gouvernance, ni la façon dont ce mode de gouvernance impacte au quotidien les citoyens n’inspire la confiance.

Dans le préambule de ce Projet de Loi de Finance, nous avons déjà un avant-goût de cette faiblesse qui consiste à nier la complexité de la crise et qui se défausse sur l’argument de la crise de liquidités. Laquelle crise de liquidités ne serait nullement le résultat de choix désastreux opérés par les gouvernements successifs mais le résultat mécanique de la chute des prix du pétrole sur le marché international. Et dans un élan de transparence et de prétendu parler-vrai, deux pratiques totalement inédites dans les mœurs du pouvoir, le Premier ministre a même clairement parlé de menaces sur les salaires !!

C’est bien la transparence ! Mais alors pourquoi les gouvernements successifs n’ont pas présenté leurs bilans devant le Parlement ? De véritables bilans comme leur en fait obligation la loi !

Le bilan n’est pas qu’un exercice comptable, c’est aussi un exercice de gestion et de politique qui consiste à rendre des comptes, c’est cet exercice qui permet de tirer des leçons et d’anticiper les crises : Gouverner c’est prévoir et visiblement nos gouvernements ont de la peine à prévoir.

On peut nous répondre que le gouvernement ne pouvait pas prévoir la chute des prix du pétrole !

Pourtant, ce n’est pas par hasard, ni même pour des raisons purement économiques que les cours du pétrole se sont effondrés. Les cours du pétrole se sont effondrés pour les mêmes raisons pour lesquelles des « Printemps des peuples » ont été programmés en plein hiver et des pays détruits à coup de bombardements et de guerres par procuration.

Ce sont les mêmes forces et les mêmes acteurs internationaux qui ont organisé la destruction de pays entiers dans notre voisinage qui ont également organisé l’effondrement des prix du pétrole.

La chute des prix du pétrole n’est pas un phénomène purement économique, ni même isolé, c’est une des modalités de déstabilisation des pays qui entre dans le cadre de la crise globale ! L’économie, pas plus dans le monde que dans notre pays, n’est pas un exercice qui échappe au contexte politique dans lequel il prend place.

Il semble que le gouvernement ne l’avait pas anticipé quand il se vantait de la bahbouha !! Quand Il se contentait de distribuer la rente et de se donner des allures de pays riche, fort, exportateur de stabilité etc. etc.

Ce système de gouvernance qui n’a rien anticipé, n’a jamais rendu de comptes ni tiré de leçons de ses échecs vient nous annoncer aujourd’hui que des menaces pèsent sur les salaires des fonctionnaires, les pensions de retraités, et vient nous révéler la débâcle de la CNAS, le gouffre gestionnaire de Sonelgaz, le marasme de Sonatrach et autres défauts de paiement et faillites en gestation que le recours au financement non conventionnel ne règlent aucunement.

L’explication par la crise de liquidité est une explication simpliste comme était simpliste le choix de s’appuyer sur la rente pour pallier à l’absence d’une vision politique au service du développement du pays. L’absence dramatique de débat réel, sérieux, correctement informé ne sert que la reconduction des mêmes perversions.

Les milliards de dollars de la rente ont produit des milliardaires assistés par la commande publique, géants aux pieds d’argile, exact reflet inversé des géants aux pieds d’argile qu’ont été les complexes industriels de l’ère du socialisme et de l’économie planifiée.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il n’ya pas davantage à espérer de ce changement de destinataires des discours officiels qui promettent aux oligarques qui ont succédé aux bureaucrates la fonction de locomotive du développement du pays !

Ce qui manque aujourd’hui comme hier à l’Algérie celle du socialisme bureaucratique comme celle du libéralisme de la ch’kara, c’est un consensus national qui en mobilisant le peuple dans toute sa diversité, avec ses travailleurs, ses cadres, ses entrepreneurs publics et privés, toutes ses compétences, permettra de mettre en place l’Etat de Droit qui encadre la bonne gouvernance. C’est précisément ce qui fait si cruellement défaut à notre pays.

Ce n’est pas ce projet de loi de finances qui fera sortir notre pays de l’impasse de l’économie rentière, clientéliste et bureaucratique qui a produit les dérives et les échecs de la Nomenklatura hier et qui produit aujourd’hui celles des oligarques.

Seul un Etat de droit issu d’un consensus national pourra assurer la bonne gouvernance capable de réaliser l’Etat démocratique et social ; promesse majeure du 1er Novembre 1954.
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