Les retours à l’état sauvage, aujourd’hui comme hier, se déclenchent justement, d’ordinaire, lorsque le déploiement de la force atteint un degré élevé, que ce soit sous la forme d’une brutalité guerrière et impériale immédiate ou sous celle de la bestialisation quotidienne des êtres humains dans les médias du divertissement désinhibant.

PETER SLOTERDJIK « Règles pour le parc humain »

Westworld 1 est une série télévisée dont les personnages sont des Androïdes qu’un scénariste pervers soumet à sa guise dans un univers pourri de jeux de manipulations et de violences proche de ce que veut dire chez nous l’expression Bled Miki…

 

Bled Miki c’est  autant le spectacle donné par l’A.G. de la FAF2 ovationnant Raouraoua, que la gestion que l’on reproche à ce dernier. C’est d’abord un état d’esprit, qui fait de l’allégeance et de la soumission de certains hommes à d’autres, une condition. Un préalable à l’existence. Tout l’inverse de l’esprit d’humilité dans l’exercice du pouvoir et de fraternité militante qui animait les hommes de l’Indépendance.

Le grand retour des enfants de Bachaghas  n’aurait jamais pu se faire dans une vraie démocratie issue de l’Indépendance nationale payée au prix fort…Bled Miki, c’est quand des hommes qui doivent tout à l’Indépendance commencent par en assassiner l’esprit.

Mais, Bled Miki c’est aujourd’hui toute la planète. Quand la première puissance mondiale se dote d’un Président, et d’une opposition à ce Président, qui « font le buzz » à coup de  poker menteur et de « fake news» à mi-chemin entre l’obscène et le grotesques 3 et que le chef d’un Etat, qui fût un temps la patrie de la diplomatie, en vient à inviter son homologue US à Eurodisney pour comprendre la France 4!

Rien d’étonnant alors qu’en termes de vision du monde Hollywood concocte une image plus proche de la réalité du pouvoir exercé sur les hommes que bien des discours sur la « guerre humanitaire », la liberté du commerce et les pubs pour un hadj en palace 5 étoiles quand le Yémen et ses hommes, ses femmes et ses enfants agonisent sous les bombes et la famine…Silence, on tourne !

Dans un café situé pas loin de la rue Ben M’hidi un groupe de riverains, qui n’a probablement pas oublié que ce jeune martyr emblématique recommandait de mettre la révolution dans la rue, commente la dernière déclaration sur les crimes de la France coloniale, venue d’un français en campagne, en l’occurrence le candidat Macron, et discute l’hypothèse que la cible du propos était moins la soldatesque de l’empire et ses hordes de civilisateurs en guenilles du 19ème siècle, que les actuels héritiers des Bachaghas collabos bien installés dans le système de pouvoir binational aux commandes en Françalgérie.

Binational, voilà un mot qui suscite, partout et immédiatement, un moment d’échanges passionnés. Apparemment tous les algériens ont au moins un proche de l’autre côté de la méditerranée et plusieurs autres disséminés aux quatre coins du monde. Un consensus se dégage généralement des discussions informelles, au terme d’une bataille de définitions et d’un idjtihad éclairé à coup de couplets de Chaabi, qu’un pouvoir binational n’est  pas un groupe de personnes disposant de deux nationalités, mais un attelage aux commandes d’un Etat composé pour partie d’individus travaillant volontairement, inconsciemment, par médiocrité ou sous la contrainte, à rendre inextricables et surtout toxiques les liens entre deux pouvoirs de deux pays différents.

Ouf !! La guerre de Bi n’aura pas lieu !

Bien-sur, il y en a inévitablement un qui ne manquera pas de rajouter une dose de polémique à la polémique et qui, s’appuyant sur le C.V. de Macron, 5 convoquera la banque Rothschild, Jacques Attali et tout l’amour de l’élite globalisée pour Israël. Et pour agrémenter le propos d’un argument implacable on exhibe une liste, longue comme un jour sans dignité, de  personnalités algériennes adoubées par l’establishment français qui apportent leur soutient à Israël en guise d’amour de la France comme si l’Ardèche, la Bretagne ou la Corse ne suffisaient pas à leur faire aimer l’Hexagone !

Et voilà tout le groupe reparti pour une redéfinition du « Binational » qui peut-être « franco-algérien » en Algérie (par opposition au modèle national-compatible de l’Algéro-français ordinaire de souche récente ou ancienne) et qui en France se trouve être aujourd’hui plutôt franco-israélien. Un imbroglio de petites trahisons entre amis, plus qu’un ménage à trois, où l’apologie de la colonisation tient autant de  la caution à la politique israélienne d’aujourd’hui qu’à l’absolution de la politique française d’hier et de ses prolongements néo-colonial-globalistes dans l’Algérie…et dans la France d’aujourd’hui.

Au premier froncement de sourcils sceptique d’un fanatique du débusquage des discours labélisés  « complotistes», des noms fusent pêle-mêle avec un net avantage en nombre de décibels rageurs en faveur du trio : Bernard Henri Levy, Elisabeth Schemla et Enrico Maccias,  trois  franco-sionistes militants qui avaient  droit à tous les honneurs et leurs entrées à Alger ( sauf pour E.M. qui a du se contenter de la médaille en chocolat d’une forte présence médiatique) au plus fort de la guerre des années 90 et jusqu’au milieu des années2000 quand d’innombrables patriotes algériens étaient  blacklistés et trainés dans la boue.

Il ya toujours quelqu’un qui tient à préciser, tout de suite, que, vue l’ampleur des problèmes qui se bousculent au portillon, le rappel de l’histoire récente ne vise pas à  se maquiller en regardant dans le rétroviseur, mais à poser ensemble tous les éléments du décor ayant permis au récit national sur la colonisation à échapper à ses rédacteurs nationaux et à devenir un scénario libre de droits entre des mains hostiles. Aussi difficile à dire qu’à faire en territoire de « maaza oualaou tarret !».

C’est à ce moment de la discussion qu’est posée sur la table l’affaire de la descendante d’un Bachagha sanguinaire, collaborateur de la colonisation de l’Algérie, invitée de la télévision publique et dont El manchar donnera la seule
lecture possible 6. Là un rappel s’impose sans complexes : C’est au nom du nationalisme qu’un bureaucrate zélé avait juré que la télévision algérienne resterait fermée devant Hocine Aït Ahmed, Abdelhamid Mehri et tous les signataires du Contrat-National ! Et fermée, la télévision nationale le restera face à ces deux géants du mouvement de Libération Nationale jusqu’à leur mort ! Mais pas pour la descendante du Bachagha…

Ainsi l’alliance du franco-algérien et du franco-israélien ne serait d’aucune utilité si le nationaliste-bureaucrate-autoritaire pur jus ne lui avait pas pavé le chemin !  

Quel autre vecteur que celui d’un esprit nationaliste obtus, peut-être même sincère et patriote, aurait pu convaincre, l’aujourd’hui vénérable Liamine Zeroual, à l’époque chef de l’Etat et des armées de proclamer que  le terrorisme d’alors était «… d’une violence comme l’humanité n’en avait pas vu depuis des siècles » ? Et quel calcul fourbe s’était-il à nouveau glissé jusqu’au bureau présidentiel de Bouteflika pour lui souffler de reprendre cette même phrase dans un de ses discours ?

Car si le terrorisme des années 90 restera dans les annales comme une violente infamie au front de tous ceux qui le rendirent possible et s’en servirent contre l’Algérie Etat, Nation et Société, il n’en demeure pas moins que, jusqu’à la fin des temps, et quoique nous réserve l’avenir, le colonialisme restera le crime de longue durée le plus abject qui ait été accompli en Algérie et sur tous les continents hors Europe. 

Les terrorismes les plus ignobles, directement ou indirectement, comme les couffins d’oreilles du Bachagha Bengana,7 sont au colonialisme et à ses continuateurs par temps de Guerre de 4ème génération, à l’image de ce nuage de pluie auquel s’adressait Haroun Errachid : « vas, où que tu tombes, ta charge me reviendra ! »  Le terrorisme, comme le colonialisme, détruit les Etats dont le globalisme ne veut plus.

Après, libre aux sophistes et sémioticiens de toutes obédiences d’ergoter sur le Droit, ce qui est prescriptible et ce qui ne l’est pas, ce qui relève de la responsabilité des pouvoirs et ce qui relève de la responsabilité des peuples et des nations et tutti-quanti… Dans le grand parc humain  dont Slottedjik décline la philosophie inspiratrice et Westworld met en scène une des potentialités narratives et de divertissement-abrutissement, il importe avant tout de ne pas se laisser piéger dans une boucle narrative où nul n’a plus aucune chance de devenir, ni de rester, seul scénariste à bord.

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1-A Westworld , un parc d’attractions dernier cri, les visiteurs paient des fortunes pour revivre le frisson de la conquête de l’Ouest. Dolores, Teddy et bien d’autres sont des androïdes à apparence humaine créés pour donner l’illusion et offrir du dépaysement aux clients. Pour ces derniers, Westworld est l’occasion de laisser libre-cours à leurs fantasmes. Cet univers bien huilé est mis en péril lorsqu’à la suite d’une mise à jour, quelques robots comment à adopter des comportements imprévisibles, voire erratiques. En coulisses, l’équipe, qui tire les ficelles de ce monde alternatif, s’inquiète de ces incidents de plus en plus nombreux. Les enjeux du programme Westworld étant énormes, la Direction ne peut se permettre une mauvaise publicité qui ferait fuir ses clients. Que se passe-t-il réellement avec les androïdes ré-encodés ?

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